L'ultime voyage du « Clemenceau »
L'ex-porte-avions doit être finalement démantelé en Angleterre

Alors que le chantier d'Hartlepool (nord-est de l'Angleterre) attend l'ex-porte-avions français Clemenceau, les écologistes locaux jettent leurs dernières forces dans la bataille pour que leur ville ne devienne pas « la destination finale des poubelles flottantes du monde entier ».
Le « Clem », rebaptisé coque « Q790 », attend une météo clémente pour faire son dernier voyage entre Brest où il est amarré depuis 2006 après un périple rocambolesque de 18 000 kilomètres, et le chantier de la société Able UK à Hartlepool. Le remorquage pourrait intervenir au plus tôt la première semaine de février.
Sauf si l'association écologiste Friends of Hartlepool, qui a déjà tenté en vain d'obtenir un jugement contre ce transfert, obtient satisfaction in extremis. Ses avocats étudient l'opportunité d'un recours en vertu d'une directive sur l'exportation de déchets toxiques. Car l'ex-fleuron de la marine française contient quelque 700 tonnes de matériaux contaminés à l'amiante, une substance hautement cancérigène.

 


L'ex-fleuron de la marine française contient quelque 700 tonnes de matériaux contaminés à l'amiante

« Nous ne voulons pas du Clemenceau. Nous avons déjà beaucoup d'industries polluantes pour une ville de cette taille », confie à l'AFP Jean Kennedy, militante de 70 ans, précisant avoir récolté 15 000 signatures contre Able UK. Selon elle, la ville, nichée à l'embouchure très industrialisée de la rivière Tees « affiche le taux de cancers et d'asbestose le plus élevé du pays et une longévité inférieure de 13 ans à la moyenne nationale ».

« Le Clemenceau est né à Brest, il devrait mourir à Brest », lance sa camarade Iris Ryder, soulignant que le site d'Able « n'est même pas un chantier, c'est une décharge qui a été présentée au gouvernement français comme une infrastructure ultramoderne ». Peter Stephenson, patron du chantier, se défend : « Depuis 1985, nous démantelons des plateformes pétrolières et gazières qui contiennent le même genre de déchets contaminés que ces navires. Nous l'avons fait sans la moindre plainte de quiconque pendant toutes ces années ».

« Poubelles flottantes »
Ce n'est pas la première fois qu'Able et l'association croisent le fer : la société a décroché en 2003 le démantèlement de plus de dix navires de la marine américaine, dont seuls quatre ont finalement fait le voyage. Les travaux de dépollution ont débuté mi 2008, retardés par des recours en justice.
« Nous ne voulons pas devenir la destination finale des poubelles flottantes du monde entier. Toute la flotte russe attend », a lancé Mme Kennedy.
Mais l'association se bat seule, réduite à protester devant la mairie de cette cité de 92 000 habitants. En effet, les organisations de premier plan comme Greenpeace se sont réjouies du démantèlement en Occident plutôt qu'en Inde où les conditions de travail sont déplorables et les conséquences sur l'environnement dramatiques.
Côté habitants, le soutien semble limité. Sur la vingtaine de personnes interrogées au cur de la ville, la moitié n'était pas au courant de la controverse.
Pour William, retraité septuagénaire, ce contrat est synonyme d'emplois dans une région sinistrée : « Ils ont déjà des employés mais il va y avoir beaucoup de créations d'emplois ».
Un sentiment partagé par Robbie, vendeur de journaux, qui souligne qu'avec la crise économique, « les suppressions d'emplois se multiplient. Les magasins ferment, les usines ferment ».
Pour Jerry Drewitt, capitaine du port de Tees et Hartlepool, n° 3 britannique, le Clem « n'a rien d'exceptionnel. Même si sa forme est inhabituelle, il n'est pas plus grand que les navires que nous recevons tous les jours et qui transportent des produits très dangereux ».
«Pourquoi quelques tonnes d'amiante deviennent un problème ? Nous construisons ces navires, il faut les recycler correctement », a-t-il estimé.

Le Bien Public - Bourgogne - 26/01/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil