Les antennes de la discorde

Un Grenelle des antennes s'est ouvert le 23 avril afin de faire le point sur l'état des connaissance scientifiques et la réglementation. C'est surtout une réponse à l'inquiétude grandissante des riverains d'antennes-relais pour leur santé et celle de leurs enfants. À Loctudy, Landerneau, Plougastel-Daoulas, Landéda… les conclusions du Grenelle sont attendues avec impatience.

Quatre février 2009 : la Cour d'appel de Versailles confirme, au nom du principe de précaution, le démontage d'une antenne relais Bouygues Télécom à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône). 16 février 2009 : le tribunal de grande instance de Carpentras condamne SFR à démonter une antenne-relais invoquant la possibilité d'un risque sanitaire pour un couple vivant à proximité immédiate. 5 mars 2009 : !e juge des référés du tribunal de grande instance d'Angers interdit à la société Orange France de procéder à l'installation d'une antenne-relais sur le clocher de l'église Notre-Dame d'AIlençon en invoquant le « risque sanitaire pour les populations riveraines ». Ces derniers mois, les décisions de justice se sont multipliées à l'encontre des opérateurs de téléphonie mobile. De nombreuses associations de riverains se sont aussi constituées pour demander le démontage d'antenne-relais au nom du principe de précaution. L'une des dernières en date est née à Loctudy. Soutenue par l'association nationale Robin des toits, elle a déposé un référé devant le tribunal de justice pour empêcher la construction d'une antenne-relais. Elle craint pour la vie d'une riveraine qui a un implant au cerveau. Dans le Finistère, les riverains se sont aussi regroupés à Plougastel-Daoulas, Landerneau, Landéda…
Revoir les normes à la baisse
Face à cette mobilisation croissante, le gouvernement a lancé le 23 avril une table-ronde des « radiofréquences santé et environnement ». Plusieurs réunions sont prévues tout au long du mois de mai entre opérateurs, usagers, collectivités locales, État... Que sortira-t-il de ce Grenelle des antennes-relais ? « Rien du tout, estime Yannick Séguelong, membre du collectif des riverains de l'Élorn. Les intérêts financiers liés à la téléphonie mobile sont énormes. La santé publique pèse bien peu à côté. Pourtant, on peut s'attendre à un scandale sanitaire majeur dans les quinze ou vingt ans à venir. » Du côté des pouvoirs publics, le discours se veut rassurant sur l'aspect sanitaire. Dans le discours d'ouverture de la table-ronde, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État à l'économie numérique, a aussi rappelé que la France suivait strictement les recommandations de l'Union européenne en matière d'émission, à savoir entre 41 et 61 v/m. « Des pays de plus en plus nombreux sont en train de revoir ces normes à la baisse. La Grèce, la Belgique, Le Luxembourg et bien d'autres ont diminué les seuils ou imposé des restrictions sur l'implantation des antennes », précise Yannick Séguelong.
La plupart des associations réclament un abaissement du seuil à 0,6 v/m en maximum d'émissions. Cette proposition est d'ailleurs au cœur de la proposition de loi déposée début avril par un groupe de sénateurs verts. Les parlementaires demandent aussi la suspension du wi-fi et du wi-max jugés, particulièrement nocifs, l'interdiction du téléphone pour les enfants de moins de 14 ans… Si de telles mesures étaient appliquées, elles pourraient sérieusement mettre en danger l'usage de ces nouvelles technologies qui ont su se rendre si indispensables. La question est très épineuse car elle touche à des questions de santé publique, de développement économique, d'égal accès à la couverture numérique... Chantal Jouanno, secrétaire d'État à l'écologie, estime pour sa part: « Qu'il y aura toujours une part d'incertitude et de risque. Aucune activité humaine n'est sans risque ou incertitude. Quel est le niveau acceptable pour la société ? » Il n'est pas sûr qu'opérateurs et riverains trouvent une réponse commune sur cette question philosophique.

Dialogue de sourds à Landéda

Impossible de louper les antennes de téléphonie mobile de Landéda. Et pour cause: elles sont installées sur le château d'eau. À son pied, s'étalent un quartier résidentiel, une maison de retraite et une école publique. Les trois premières antennes d'Orange ont été installées en 2001, les quatre de Bouygues en 2004. Quelques mois plus tard, un collectif se met en place pour exiger le déplacement de ces antennes dans une zone moins peuplée. « Une famille avait décidé de déménager à cause de maux de tête, de troubles du sommeil... D'autres personnes se plaigne de difficultés à dormit; d'irritabilité. À l'école, en revanche, aucun enfant ou enseignant ne se plaint de problèmes de santé. Nous voulons avant tout que soit appliqué le principe de précaution », avance Jean-Philippe Antoine, porte-parole du collectif et enseignant à l'école Joseph-Signor. Le collectif organise des réunions publiques et sollicite les élus. « Les rapports ont été un peu tendus au début, commente simplement Jean-Philippe Antoine. Les élus .ont ensuite compris l'ampleur de l'inquiétude et de la mobilisation. » Le maire prend alors contact avec les deux opérateurs pour déplacer les antennes. La zone proposée est située en lisière de la commune.
« Comme rien ne se passait du côté des opérateurs, nous avons lancé
une pétition en 2007 qui a recueilli 450 signatures »l, poursuit Jean-Philippe Antoine. Le maire sollicite de nouveau les opérateurs. En vain. Le collectif écrit à Nathalie Kosciusko-Morizet qui, alors qu'elle était députée, avait déposé une proposition de loi réclamant l'éloignement des antennes à plus de 300 m des écoles. « Nous attendons toujours. »

Pétition
Début octobre 2008, le collectif lance l'opération École morte: près de 80 % des parents acceptent de ne pas emmener leurs enfants à l'école et 75 % signent la pétition. Dans la foulée, la mairie organise une réunion avec les deux opérateurs: « Cela a duré une heure montre en main. Les opérateurs nous ont dit qu'ils étaient dans leur bon droit, qu'ils respectaient la réglementation. Un vrai dialogue de sourds », déplore Jean-Philippe Antoine. Le porte-parole ne se fait guère d'illusion sur le Grenelle des antennes et envisage désormais d'en passer par les tribunaux.


Les maires en première ligne

Lorsqu'il a appris que l'opérateur Orange rajoutait des émetteurs sur son antenne située route de Brest, Patrick Leclerc a eu un coup de sang. Aucune demande n'avait en effet été déposée auprès de la mairie de Landerneau, pourtant propriétaire du terrain. « Les travaux ont été stoppés. Ensuite, nous avons trouvé un terrain d'entente avec l'opérateur. Nous lui avons trouvé un autre terrain, beaucoup plus éloigné des habitations. L'opérateur effectuera les travaux de déplacement d'ici quelques semaines. À ses propres frais », commente le maire de Landerneau qui essaye par ailleurs de trouver d'autres sites isolés pour les autres antennes implantées sur la commune. « Avec la précédente équipe municipale, nous nous heurtions à un mur, se rappelle Yannick Séguelong, membre du collectif des riverains de l'Élorn. Avec Patrick Leclerc, nos demandes sont enfin entendues. Les choses vont vraiment dans le bon sens. » Patrick Leclerc est toutefois très mesuré la question des ondes électromagnétiques : « Il faut trouver le juste compromis entre une bonne couverture téléphonique et d'éventuels risques. Je parlerai davantage de prudence que de principe de précaution. »
À Brest, le maire a aussi été interpellé par des riverains inquiets de voir fleurir les antennes-relais sur les toits des immeubles. « Nous avons mis en ligne sur le site internet de la ville une carte indiquant l'emplacement des antennes de téléphonie mobile. Par ailleurs, avec l'entreprise Antennessa, nous mesurons le niveau des ondes de manière instantanée sur deux sites, à Brest et Plouzané », décrit Michel Briand, adjoint au maire en charge des nouvelles technologies. Lors de la reconduction des contrats avec les opérateurs, la ville leur demandera d’abaisser le seuil d'émissions : « Cela ne devrait pas dépasser 0,6 v/m dans les premiers locaux habités. ». À Quimperlé, le maire a jugé .plus prudent d'annuler une décision autorisant un opérateur à installer une antenne-relais de troisième génération sur le château d'eau du Lichern. D'autres maires adoptent une position radicalement différente et assurent la population de l'absence de risques liés aux antennes-relais. Ils s'appuient bien souvent sur le Guide des relations entre opérateurs et communes qui détaille les différentes étapes de l'implantation des antennes, souligne l'absence de dangerosité et encourage les élus à informer la population.

 

Bataille d'experts sur les effets sanitaires

Olivier Escavi est l'un des premiers à avoir acheté un téléphone portable, en 1998. Peu de temps après, il commence à souffrir de maux de tête. « Ils se sont arrêtés lorsque je suis allé passer quinze jours en Allemagne. J’'avais laissé mon téléphone portable car je n'avais pas de forfait international. Les maux de tête ont repris de retour en France; lorsque j'ai repris mon téléphone. » Le Finistérien commence alors à faire la relation entre les ondes électromagnétiques et ses problèmes de santé. Ces derniers vont s'accentuer au fil des années. Aujourd'hui, Olivier Escavi se définit comme « électrosensible » : il ne supporte pas le téléphone portable, le téléphone DECT, le wifi... « L'autre jour; je me trouvais à une terrasse de café rue de Siam. Je me suis senti mal, comme paralysé. J'ai interrogé le serveur, il m 'a confirmé la présence de wifi », témoigne-t-il. L'homme reconnaît qu'il passe souvent pour un illuminé. « J'ai beaucoup milité au sein d'associations. J'ai interpellé tous les députés français mais aujourd'hui j'ai pris un peu de recul. J'ai rencontré beaucoup d'électrosensibles qui, il faut bien l'avouer, sont parfois un peu cinglés. Les médias mettent souvent ces personnages-là à la Une. Comment peut-on alors prendre au sérieux cette pathologie? »

Plusieurs études engagées
Jean-Marie Lions est aussi sensible aux ondes électromagnétiques et particulièrement à la wi-fi, « mais je ne me définis pas comme électrosensible », précise-t-il. Cet ingénieur brestois s'est passionné pour la géobiologie qu'il exerce à mi-temps. « Cette profession consiste à étudier tous les rayonnements à la surface de la terre, qu'ils soient d'origine naturelle ou artificielle. » Jean-Marie Lions aide les personnes qui s'estiment victimes des ondes électromagnétiques : il établit une carte des ondes dans leur habitat et trouve des solutions pour limiter leur exposition.
« Aujourd'hui, nous vivons dans un véritable smog électromagnétique. Nos cellules sont perturbées par toutes ces ondes artificielles et cela engendre des maladies qui peuvent s'avérer très graves », résume-t-il. Le géobiologue brestois étaye son propos par plusieurs études dont Bioinitiative. Réalisée en 2007, elle établit que les ondes électromagnétiques ont des effets sur l'ADN, la communication intercellulaire, les pathologies cardiaques, la dépression, le fonctionnement de l'immunité et de la fertilité...
À Bioinitiative, les opérateurs de télécommunication opposent d'autres rapports qui assurent que les taux d'émissions des antennes-relais n'ont aucune incidence sur la santé. Dernièrement, l'Académie nationale de médecine s'est prononcée sur le sujet : « Les antennes de téléphonie mobile entraînent une exposition aux champs électromagnétiques 100 à 100 000 fois plus faible que les téléphones portables : être exposé pendant 24 heures à une antenne à 1 volt par mètre donne la même exposition de la tête que de téléphoner avec un portable pendant 30 secondes. On ne connaît aucun mécanisme par lequel les champs .électromagnétiques dans cette gamme d'énergie et de fréquence pourraient avoir un effet négatif sur la santé. »
L'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) conclut aussi que les antennes-relais n'ont pas d'effet sanitaire.
Dans les mois à venir, l'Afsset devrait rendre une étude sur la téléphonie mobile (et notamment l'électrosensibilité) et une étude sur les fréquences extrêmement basses. L'étude épidémiologique internationale Interphone devrait aussi être publiée à l'automne, elle porte sur les téléphones portables.

 

Une consultation à l'hôpital Morvan

Au mois de septembre au plus tard, une consultation Santé-environnement ouvrira au Centre hospitalier universitaire Morvan, à Brest. Très peu de services de ce genre existent en France. Et pour cause : les problèmes sanitaires causés par notre environnement ont longtemps été ignorés. Depuis peu de temps, études et témoignages se multiplient sur les maladies provoquées par la pollution de l'air intérieur. Les meubles, les objets de décoration, les parquets flottants, les produits de nettoyage peuvent en effet libérer du formaldéhyde, du styrène, du toluène, du butoxy-éthanol, du dichlorobenzène…
Autant de substances à l'origine de certaines maladies. « Les patients pourront venir directement à la consultation. Ils pourront aussi nous être adressés par les médecins généralistes ou spécialistes. Nous pourrons aussi demander à la ville de Brest de réaliser des mesures car elle a acheté du matériel spécifique », complète Pascale Choucroun, médecin responsable de la future consultation. Elle accueillera aussi toutes les personnes qui s'estiment victimes des ondes électromagnétiques. D'ores et déjà, Pascale Choucroun a mis en ligne en sur le site du CHU un dossier sur le sujet « en essayant de faire la part des choses entre des études souvent contradictoires. À mon avis, if est nécessaire de faire une enquête épidémiologique prospective sur plusieurs années auprès d'un millier de personnes pour déterminer de manière irréfutable les conséquences de l'exposition à ces ondes. Aucune étude de ce type n'existe, elle coûterait très cher. »
La médecin brestoise s'est toutefois forgée sa propre opinion sur le sujet: « il me paraît évident que les personnes qui passent leur temps le téléphone portable collé à l'oreille courent un risque. Par ailleurs, certaines personnes qui souffrent de dérèglements neuro-hormonaux ou immunitaires sont certainement plus sensibles que le commun des mortels. »
www.chu-brest.fr
Rubrique santé-pollution et sous-rubrique pollution électromagnétique.

 

Ils émettent aussi des ondes...

Le téléphone portable
Le portable porte moins à polémique que les antennes-relais. Un relatif consensus s'est dessiné sur la nécessité d'y recourir « raisonnablement ». «Aucune preuve scientifique ne permet aujourd'hui de démontrer que l'utilisation des téléphones mobiles présente un risque notable pour la santé, que ce soit pour les adultes ou pour les enfants. Cependant, plusieurs études scientifiques parues récemment, mettent en évidence la possibilité d'un risque faible d'effet sanitaire lié aux téléphones mobiles après une utilisation intense et de longue durée (plus de dix ans) », estime officiellement le ministère de la Santé. Celui-ci préconise une « attitude inspirée du principe de précaution », notamment pour les enfants. Dans un petit fascicule, il liste quelques règles à respecter: éviter de téléphoner dans les zones de mauvaise réception car le téléphone augmente sa puissance et donc le niveau d'exposition, limiter l'usage du téléphone chez les plus jeunes car leur organisme (en particulier leur système nerveux est encore en développement, utiliser les oreillettes afin de diminuer l'exposition de la tête... L'association Robin des toits est, elle, plus alarmiste et invite les citoyens à écourter au maximum les conversations avec un portable: pas plus de six minutes et toujours avec une oreillette.

Les lignes à haute tension
Dernièrement, le tribunal de grande instance de Tulle a condamné le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité (RTE) à verser près de 400 000 euros à des éleveurs de Corèze. La justice a établi un lien direct entre les champs électromagnétiques dégagés par les lignes à très haute tension et les troubles sanitaires des troupeaux. C'est une première en France. Début 2009, le Criirem (Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques) a rendu un rapport recensant des dysfonctionnements et des pathologies animales ou humaines à proximité des lignes à très haute tension Flamanvilie-Domloup et Domloup-les Quintes. D'autres rapports concluent à l'absence de risques sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé et le ministère de la Santé français se rangent à cet avis. D'autres enquêtes sur le sujet devraient être rendues au cours de l'année.

Les autres sources d'émissions d'ondes électromagnétiques
La télévision (distance conseillée : 2 m), la lampe halogène, le téléphone sans fil, le radio-réveil (dis- tance conseillée : 1 m), l'ordinateur (distance conseillée : 50 cm), la box Wi-fi, le four à micro-ondes, les plaques à induction, la machine à laver…

Dossier réalisé par Adèle Morlet.
Le Courrier du Léon et du Tréguier - Finistère - 24/04/2009

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