Ex-Clemenceau : départ imminent ?

Pour la Marine nationale, l’ex-Clemenceau mettre le cap vers l'Angleterre « courant décembre ». Une association brestoise a déposé un premier recours devant le tribunal administratif de Rennes.

L'ancien fleuron de la Marine française passera-t-il le cap de 2009 dans les eaux de sa naissance, au port militaire de Brest ? Ou célébrera-t-il la Saint-Sylvestre sous les cieux britanniques ? Deux ans et demi après le retour du vieux
Clemenceau à Brest, la question reste encore en suspens.

DÉPART AVANT NOËL ?
Selon le préfet maritime de l'Atlantique, Anne-François de Saint-Salvy, la cause est entendue : « Le navire devrait pouvoir partir courant décembre. » Destination : le chantier britannique Able UK, qui a emporté l'appel d'offres portant sur la déconstruction et le démantèlement du vieux bateau, rebaptisé « coque Q 790 ». Après plus de deux ans de procédures, la Marine nationale semble effectivement voir le bout du tunnel. L’autorisation de transfert frontalier du navire considéré comme un déchet a été délivrée par la Drire (1) fin novembre. Ne manque plus qu'un dernier visa : l'autorisation d'exportation de matériel de guerre. Celle-ci devrait intervenir dans les jours à venir. Ensuite, les choses iront vite : une dizaine de jours devraient suffire pour préparer le bateau à reprendre la mer. Le remorquage vers le dernier port d'attache de la vieille coque prendra ensuite « quatre jours ». Le chantier anglais devra alors accélérer le processus, puisqu'il s'est engagé à achever le démantèlement du navire, et le traitement des déchets, dans l'année qui suivra.

LA JUSTICE SAISIE
Oui mais. Il n'est décidément pas dit que le vieux Clem puisse reposer en paix de si tôt. Dès l’annonce de la Marine nationale, le 3 décembre, l'association brestoise AE2D (2) a déposé un recours auprès du tribunal administratif de Rennes. AE2D évoque en effet un passif « inquiétant » de la société anglaise : « Ne serait-ce que sur le traitement des déchets, il semble qu'Able n'ait pas été très professionnel par le passé. De nombreuses plaintes auraient été déposées », pointe ainsi Christian Bucher, l'un des membres de l'association. Autres motifs d'inquiétude : le prix demandé par Able UK pour assurer la déconstruction, de l’ordre de 10 millions d'euros. D'autres candidats avaient en effet mis la barre deux à trois fois plus haut. « Pour nous, Able n'a pas les capacités ni les compétences », martèle Me Rajjou, l'avocat de l'association.

« NOUS FERONS TOUT POUR QUE CE NAVIRE NE QUITTE PAS LE PORT DE BREST » ME RAJJOU
Ce nouveau bâton dans les hélices de l'ancien porte-avions suffira-t-il à voir le Clem rester à Brest, comme, le souhaite l'association qui milite pour un chantier de déconstruction brestois ? « Si la Marine passe outre ce premier recours, nous déposerons un recours en référé suspension. Nous ferons tout pour que ce navire ne quitte pas le port de Brest », prévient Me Rajjou. Du côté de la Préfecture maritime, l'on garde en tout cas le cap. Et l'on prépare déjà plus qu'activement le départ d'un hôte décidément trop encombrant.

(1) Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l'environnement.
(2) Association pour l'environnement et le développement durable.

Elisabeth Jard
Le Courrier du Léon et du Tréguier - Finistère - 05/12/2008

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