Ex-Clem : quand les Anglais accusent

Le chantier britannique où l'ex-Clemenceau doit être démantelé serait un « dépotoir » à amiante, sans infrastructures ni savoir-faire. C’est en tout cas le portrait qu'en dressent deux militantes anglaises.

C'est un bien sombre tableau qu'ont peint cette semaine à Brest deux militantes de l'association Friends of Hartlepool. Invitées par les associations Mor Glaz et AE2D*, qui se battent contre le départ de l'ex-Clemenceau vers le chantier Able UK basé à Hartlepool, Jean Kennedy et Iris Ryder ont évoqué une tout autre réalité que celle que présente la Marine nationale. Lauréate de l'appel d'offres lancé pour le démantèlement de l'ancien porte-avions, Able Uk est en effet décrite comme une société aux reins solides, capable de réaliser un chantier « exemplaire socialement et écologiquement ».

DÉCHARGE D’AMIANTE À CIEL OUVERT

La version donnée par les deux militantes anglaises, à I’occasion de la table ronde organisée le 15 janvier par Mor Glaz, AE2D et laCGT pour évoquer la possibilité d'une filière de démantèlement brestoise, est tout autre. Jean Kennedy et Iris Ryder décrivent un chantier perdu au fond d'un estuaire, coincé entre une centrale nucléaire et une réserve naturelle d'oiseaux (!), et où les déchets amiantés de navires américains sont simplement entreposés « dans des sacs, à ciel ouvert dans le champ d'à côté ». Selon elles, le port d'Hartlepool serait aujourd'hui celui d'Angleterre « où l'on meurt le plus de cancers dûs à l'amiante ».

Leur association avait intenté une action en justice en Angleterre, pour contrer l'arrivée du Clem, mais s'était vue déboutée cet automne. Les militantes ne veulent pourtant pas cesser le combat. Elles décrivent un chantier sans cale sèche, « un entrepreneur au bord de la faillite ». Et interrogent : « Comment ont-:ils pu obtenir le contrat alors qu'ils ne disposaient pas des infrastructures pour démanteler le navire ? » Une question que se posent également les militants écologistes brestois, qui veulent croire que ces témoignages obligeront la Marine à reculer. « Dans ces conditions. L'on peut craindre que l'ex-Clem ne soit démantelé dans les mêmes conditions que sur les chantiers d'Asie ! L'État doit revenir sur sa décision, pour que l'on monte au plus vite une filière à Brest », tonne Jean-Paul Hellequin, de Mor Glaz. Ce qui, aux dernières nouvelles, n'était pas vraiment dans les tuyaux...

Vielles coques pollueuses?

Ces derniers jours, la polémique a enflé autour des vieilles coques de la Marine. Les militants écologistes brestois ont dénoncé une atteinte à l’environnement, créée par le grattage de la coque de l’ex-Clem, puis pointé du doigt la pollution émanant des navires en fin de vie qui stationnent dans l’anse de Landévennec. « En grattant la coque de l’ex-Clemenceau comme cela a été fait, des kilos de peinture chargée de TBT (Tributyl étain) se sont déversés dans la rade. Or, ce n’est pas biodégradable ! », regrette Christian Bucher, porte-parole d’AE2D. réponse de la préfecture maritime : « Nous n’avons pas procédé à un carénage mais à un nettoyage manuel , qui ne fait pas tomber la peinture dans l’eau. Des mesures ont été faites avant et après l’opération, qui nous laissent penser que cette opération aura été sans impact sur l’environnement. » Les résultats de ces études devaient être rendus publics en fin de semaine.

Concernant Landévennec, Christian Bucher évoque « des plaques entières de peinture qui se détachent des coques. Le tout se mélange aux sédiments et va rester dans l’environnement des années ! » La Marine ne nie pas « que ces coques vieillissent », mais rappelle « qu’aucun risque pour l’environnement n’a jusqu’ici été identifié ». Logique, puisqu’aucune étude d’impact n’a pour l’heure été menée…

* Agir ensemble pour l'environnement et le développement durable

Elisabeth Jard
Le Courrier du Léon et du Tréguier - Finistère - 09/01/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil