Le Clemenceau a quitté la France pour son dernier voyage

L'ancien porte-avions français Clemenceau a quitté Brest mardi pour rejoindre des chantiers de démantèlement à Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre.

Après une bonne heure et demie de manoeuvres dans le port militaire breton, l'ancien fleuron de la marine française a été pris en charge mardi à la mi-journée par le remorqueur britannique Anglian Earl.

Sous un ciel légèrement nuageux, par un vent très faible et une mer calme, l'énorme coque grise tâchée de rouille a d'abord été décollée du quai où elle est amarrée depuis le 17 mai 2006 par huit remorqueurs et navires "pousseurs" qui l'ont ensuite lentement tractée vers la sortie de la base navale.

"Il s'agit d'une manoeuvre délicate car ce bâtiment n'a plus de propulsion, mais en raison de bonnes conditions météorologiques, elle a pu s'effectuer en toute sécurité", a déclaré à la presse le capitaine de frégate Luc Desloges, commandant en second de la base navale de Brest.

 

L'ancien porte-avions français Clemenceau va quitter Brest pour rejoindre des chantiers de démantèlement à Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre. (Reuters/Daniel Joubert)

Depuis environ un mois, une trentaine de personnes ont préparé l'ex-Clemenceau pour son ultime voyage en verrouillant ses ouvertures, en y installant la signalisation lumineuse réglementaire et en dégageant le pont de tout encombrement.
Ces derniers jours, les haussières, d'énormes câbles qui l'amarraient au quai du port militaire, ont été détachées et les ballasts du navire ont été remplis d'eau de manière à assurer la meilleure stabilité possible de la coque en mer.
Affrété par la société Able UK, chargée de son démantèlement, l'Anglian Earl, un remorqueur océanique de 693 tonnes et 70 mètres de long a pris le relais des navires de la marine française vers 12h30 devant le port de Brest pour prendre en charge le Q790, nom officiel de l'ex-Clemenceau, qui pèse encore plus de 26.000 tonnes pour 238 mètres de long.

DÉMANTÈLEMENT

Cet attelage devra maintenant franchir les 1.400 km qui séparent le port breton d'Hartlepool pour rejoindre les chantiers navals d'Able UK.
"Ce remorquage a été dûment préparé, validé et représente une opération assez banale. Avec les conditions météorologiques actuelles, il ne devrait pas durer plus de quatre ou cinq jours", a indiqué Luc Desloges.
Le démantèlement du navire, qui contient encore plusieurs centaines de tonnes d'amiante selon le bureau Veritas, mais aussi du PCB et des peintures au plomb, devrait durer environ douze mois.
"La société Able UK a été choisie sur des critères essentiellement techniques et sa capacité à traiter les produits polluants. Nous n'avons fait aucune impasse, ni sur les méthodes du chantier, ni sur les garanties pour la santé des ouvriers et la protection de l'environnement", a dit le Vice-amiral Hubert Jouot, qui a assisté à l'appareillage.
"Pour la marine française, organiser le démantèlement d'un bâtiment de cette taille a été une première", a-t-il ajouté, précisant que les autorités britanniques s'étaient également "directement impliquées" pour valider le choix d'Able UK.
Pour le commandant en second de la base navale de Brest Luc Desloges, le départ du porte-avions, qui n'est plus qu'une coquille quasiment vide, est "la fin de tout un processus après un travail sérieux, continu, d'entretien et de conservation".
Avant d'arriver à Brest, l'ex-Clemenceau, désarmé en décembre 2002 après plus de quarante ans de service sur les mers du monde, avait effectué un périple de 18.000 km entre Toulon, l'Inde, où il avait été également question de le démanteler, et la Bretagne.
Lundi, le tribunal administratif a rejeté l'ultime recours d'une association écologiste bretonne, Agir ensemble pour le développement durable, qui s'opposait au départ du Q790 qualifié de "bombe écologique à retardement" par l'avocat de l'association.

Edité par Yves Clarisse
L'Express - 03/02/2009

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