Clemenceau : une plainte pour pollution des eaux

L’association brestoise AE2D a déposé plainte pour « pollution de la rade » après le grattage de la coque.

Décidément, l’ex-Clemenceau, dorénavant Q790, n’a pas fini de faire des vagues. Après le feuilleton de son démantèlement avorté en Inde, c’est dans nos eaux que se joue un nouveau mauvais rôle pour le porte-avions déchu. Bloqué en rade de Brest depuis 2006, il attend sa dernière traversée à destination de Hartlepool, en Grande-Bretagne, où il sera disloqué. Avant de procéder à cette opération, les services de Sa Majesté ont demandé à leurs homologues français de nettoyer le bâtiment désarmé.

 

Le 25 janvier, le porte-avions quittera la rade de Brest pour la Grande-Bretagne où il sera démantelé. Photo AP

 

Des algues indésirables
En deux ans de mouillage, des algues et des coquillages absents outre-Manche ont en effet colonisé la coque du Clemenceau, c’est pour éviter toute contamination de leurs côtes que les Britanniques ont demandé ce nettoyage. Pendant trois jours donc, une quinzaine de plongeurs de la Marine nationale ont brossé et récuré la coque, longue de 265 mètres. Or, selon l’association écologiste Agir pour l’environnement et le développement durable (AE2D), ce chantier aurait dû être effectué à sec pour récupérer les déchets de peinture toxique immanquablement arrachés par l’opération. Ces derniers, tombés sur la couche de sédiments, risquant de polluer la zone. Le milieu naturel dans lequel a été effectué le nettoyage est « extrêmement fragile », et c’est à ce titre qu’AE2D a déposé plainte contre X pour délit de pollution des eaux auprès du parquet de Brest vendredi dernier. « Nous tenons notre rôle d’éco-vigilance citoyenne, intervient Roger Abiven, coprésident de l’association. Parallèlement à notre plainte, nous avons demandé à la communauté de communes de Brest ainsi qu’à la commission locale de l’eau de mener une expertise indépendante sur la pollution des eaux car il n’est pas normal que la Marine nationale soit à la fois contrôlée et contrôleuse. » Sans faire un procès d’intention, AE2D doute de l’impartialité de l’Etat.

Pas besoin de nettoyage à sec
« Il ne s’agissait que de grattage et de brossage, pas de carénage qui requiert une mise à sec », a répliqué le capitaine de frégate Bertrand Hudault, officier de relations publiques de la préfecture maritime. « Toutes les prescriptions en matière d’environnement ont été respectées », a-t-il assuré. La Marine nationale a également souligné qu’il n’existait pas de cale suffisamment grande à Brest pour accueillir le porte-avions. Les résultats d’analyse de la qualité de l’eau du bassin de la coque du bateau seront connus dans les prochains jours. AE2D milite également pour la création en France d’une filière de démantèlement. Selon l’association, « une quarantaine de navires militaires seront à déconstruire dans les cinq prochaines années ». Sauf énième rebondissement, l’ex-Clemenceau rejoindra le chantier Hartlepool le 25 janvier. Un transfert déjà repoussé deux fois.

Romain Katchadourian
France Soir - 16/01/2009

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