L'ex-porte-avions Clemenceau quitte Brest
pour être démantelé en Angleterre

L'ex porte-avions Clemenceau a commencé mardi matin son dernier périple entre le port militaire de Brest et le port britannique de Hartlepool (nord-est) pour y être démantelé.

Le porte-avions Clemenceau , ancien fleuron de la Marine française à la coque bourrée d'amiante, a quitté mardi en fin de matinée le port de Brest (ouest) pour être démantelé en Angleterre, après plusieurs années de tribulations autour du monde.

Annoncé à la dernière minute, le départ du vieux porte-avions s'est fait dans l'indifférence des habitants, dont seuls quelques dizaines s'étaient rassemblés sur une esplanade surplombant le port militaire pour lui faire un dernier adieu.

Rebaptisé coque Q790, le navire a rejoint le remorqueur de haute mer Anglian Earl qui doit l'acheminer, durant au moins quatre jours, à Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre.

L'énorme coque grise rouillée de 266 mètres de long, 51 mètres de large, 14 ponts, qui portait le nom de l'ancien dirigeant français Georges Clemenceau, doit être démantelée sur le chantier de la société Able UK.

 
 

Mais les grosses quantités d'amiante, une substance hautement cancérigène, qu'il contient, suscitent les protestations de plusieurs organisations écologistes en France et en Grande-Bretagne.

Lundi, la justice française a rejeté un recours déposé par l'association AE2D (Agir pour l'environnement et le développement durable), levant ainsi les derniers obstacles juridiques.

La justice britannique avait également rejeté fin 2008 des recours de l'association locale Friends of Hartlepool, dont les militants refusent de voir leur ville "devenir la destination finale des poubelles flottantes du monde entier".

Greenpeace a salué une destruction du navire en Occident plutôt qu'en Inde, où elle avait été envisagée. Mais le directeur de Greenpeace France, Pascal Hustings, s'est interrogé sur la capacité d'Able UK à "prendre toutes les mesures nécessaires à cette phase particulièrement délicate du désamiantage".

Douze ans après la mise à la retraite du navire, les autorités françaises espèrent être débarassées de cette coque encombrante, arrivée dans le port de Brest il y a près de trois ans au terme d'un périple rocambolesque.

En 2003, lors de la première tentative d'expédition de l'ex-Clemenceau acquis par un chantier espagnol, la Marine française s'était aperçue que l'acheteur la dirigeait non vers l'Espagne comme convenu mais vers la Turquie. Le contrat avait alors été annulé et le navire rapatrié à Toulon (sud-est).

Le 30 décembre 2005, l'ancien porte-avions était reparti vers le site d'Alang (Inde), à la grande colère de plusieurs associations écologistes. Ces dernières s'inquiétaient des conditions de travail et des conséquences sur l'environnement du démantèlement d'une coque recelant beaucoup plus d'amiante que les 45 tonnes reconnues par les autorités françaises de l'époque.

 

 
 

 

Après avoir été refoulé d'Inde et avoir enduré de multiples péripéties diplomatico-judiciaires, le bateau avait fait deux fois le tour de l'Afrique avant d'arriver à Brest.

Selon une expertise du bureau d'étude Tecnitas, les zones amiantées à traiter sur le navire représentent 17,5 km de tuyaux, 2,8 km de gaines de ventilation, 2.380 m2 d'amiante projetée et 3.920 m2 de matelas d'amiante pour l'isolation, 7.120 m2 de dalles au sol et 44.000 m2 de peinture.

Le chantier Able UK, implanté à Hartlepool (92.000 habitants), a déjà démantelé des plateformes pétrolières et gazières.

Il a également décroché en 2003 le démantèlement de plus de dix navires de la marine américaine, dont seuls quatre ont finalement fait le voyage. Les travaux de dépollution ont débuté mi-2008, retardés par des recours en justice.

La Croix - 03/02/2009

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