L'ex-porte-avions Clemenceau quitte Brest
pour être démantelé en Angleterre

L'ex-Clemenceau a quitté mardi en fin de matinée le port militaire de Brest et rejoint le remorqueur Anglian Earl qui doit l'emmener en Angleterre pour être démantelé.

La coque Q790 de 266 mètres de long a quitté le quai en douceur, manoeuvré par huit petits remorqueurs et pousseurs, avant d'effectuer un demi-tour dans le port militaire.

Puis l'énorme coque grise rouillée a rejoint le remorqueur de haute mer Anglian Earl qui l'attendait à la sortie de la zone militaire. La remorque a été mise en place vers 12h30, sous un temps ensoleillé avec des passages nuageux, et une petite brise.

Le convoi a aussitôt pris la direction du goulet de Brest marquant la sortie de la rade.

La traversée de l'ex-Clemenceau en Manche puis en Mer du Nord vers le chantier de démantèlement Able UK à Hartlepool, au nord-est de l'Angleterre, doit prendre au moins quatre jours.

Les derniers obstacles juridiques au transfert ont été levés lundi par le tribunal administratif de Rennes, qui a rejeté le recours en référé déposé par une association écologiste bretonne AE2D (Agir pour l'environnement et le développement durable).

Le départ de l'ex-Clemenceau était initialement prévu pour la fin janvier, mais il avait été reporté à cause du mauvais temps.

Douze ans après la sortie du service actif du porte-avions, les autorités françaises espèrent bien être débarrassées de cette encombrante coque.

Elles espèrent surtout ne pas revoir les scénarios catastrophe de 2003 et 2006, avec l'échec des tentatives d'expédition du navire dans des chantiers de déconstruction.

En 2003, lors de la première tentative d'expédition de l'ex-Clemenceau acquis par un chantier espagnol, la Marine s'aperçoit, alors que la coque est depuis dix jours en mer, que l'acheteur la dirige non vers l'Espagne comme convenu mais vers la Turquie: annulation du contrat, et premier retour à Toulon.

Le 30 décembre 2005, l'ex porte-avions repart vers le site d'Alang (Inde), à la grande colère de plusieurs associations écologistes, dont Greenpeace, qui reprochent au gouvernement français de se débarrasser à bon compte d'une coque recelant beaucoup plus d'amiante que la France ne veut bien le reconnaître (45 tonnes, selon une estimation de la ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie).

Après un périple vers l'Inde, émaillé de multiples péripéties diplomatico-judiciaires, le bateau devra revenir à Brest, faisant deux fois le tour de l'Afrique.

Une expertise du bureau d'étude Tecnitas montrera peu après l'étendue des zones amiantées à traiter sur le navire: 17,5 km de tuyaux, 2,8 km de gaines de ventilation, 2.380 m2 d'amiante projetée et 3.920 m2 de matelas d'amiante pour l'isolation, 7.120 m2 de dalles au sol et 44.000 m2 de peinture.

Le chantier Able UK, implanté à Hartlepool (92.000 habitants), a déjà démantelé des plateformes pétrolières et gazières.

Il a également décroché en 2003 le démantèlement de plus de dix navires de la marine américaine, dont seuls quatre ont finalement fait le voyage. Les travaux de dépollution ont débuté mi-2008, retardés par des recours en justice.

Des recours contre le démantèlement de l'ex-Clemenceau ont également été déposés au Royaume-Uni par l'association locale Friends of Hartlepool, mais ils ont été rejetés fin 2008.

Les organisations écologistes de premier plan comme Greenpeace se sont pour leur part félicitées du démantèlement de l'ex-"Clem" en Occident plutôt qu'en Inde, où les conditions de travail sont déplorables et les conséquences sur l'environnement dramatiques.

 

La Dépêche du Midi - 03/02/2009

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