La convention régulant la fin de vie des navires émergera,
au mieux, en 2015

Le symbole est important : le démantèlement de l'ancien porte-avions Clemenceau, qui contient 700 tonnes de matériaux amiantés, est prévu en Europe, dans un chantier censé garantir le respect de la santé et de l'environnement, et non en Asie, comme l'avait envisagé le gouvernement en 2006, après un désamiantage dont l'ampleur et le sérieux avaient été au centre des controverses.

Mais sur les plages d'Inde, du Bangladesh ou du Pakistan, les démolitions continuent. Entre 200 et 600 navires de commerce y sont démantelés chaque année, avant revente et recyclage de leur ferraille. Dans la plupart des cas, les vaisseaux, qui contiennent tous des produits toxiques (amiante, produits chlorés, métaux lourds, résidus d'hydrocarbures, solvants) sont désossés sans protection de la santé des travailleurs. L'eau, la flore et la faune marine sont également empoisonnées.

Les navires de commerce en fin de vie, considérés comme des déchets, sont soumis à la convention de Bâle. S'il veut exporter un vaisseau vers l'Inde ou le Bangladesh, le propriétaire du navire doit donc vérifier qu'il pourra être démantelé "d'une façon écologiquement rationnelle". Mais la liberté de mouvement en mer et l'absence de contrôle des règles internationales par les pavillons de complaisance font que ces principes sont facilement contournés.

 


Le "Clemenceau". AFP/ERIC ESTRADE

DÉTAILLER LES POLLUANTS

Des négociations sont en cours au sein de l'Organisation maritime internationale (OMI), afin d'élaborer une convention spécifique pour les navires en fin de vie. Elle sera adoptée en mai 2009 à Hongkong, mais vu les délais de ratification, n'entrera pas en vigueur avant 2015 - soit après le boom du démantèlement consécutif à la suppression progressive des pétroliers à simple coque.

Selon la dernière version du texte en discussion, les Etats signataires s'engageraient à "prévenir, réduire, minimiser, et si possible éliminer les accidents et blessures et autres effets indésirables sur la santé et l'environnement dus au recyclage des navires". Un "passeport vert" détaillant les matériaux dangereux présents à bord deviendrait obligatoire. Les chantiers de démantèlement devraient être certifiés par les autorités du pays où ils se situent.

Les organisations non gouvernementales font une lecture très critique du texte. "En l'état, il est un recul par rapport à ce qui existe, les bateaux ne sont plus considérés comme des déchets et la responsabilité des contrôles est poussée vers les Etats du pavillon, on retombe sur les défaillances du système actuel", affirme Ingvild Jenssen, porte-parole de la plate-forme sur le démantèlement des navires. Les associations réclament la suppression pure et simple du "beaching", c'est-à-dire du démantèlement sur les plages.

L'Union européenne, de son côté, élabore une politique spécifique. Elle prévoit d'anticiper les dispositions de la future convention, et en ajoute d'autres, comme l'établissement d'un contrôle indépendant des chantiers, et d'un système de financement destiné à soutenir le démantèlement "propre" des bateaux.

Gaëlle Dupont
Le Monde
- 01/02/2009

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