Avec son départ pour l'Angleterre, les autorités françaises
espèrent être définitivement débarrassées du "Clemenceau"

L'ex porte-avions Clemenceau a quitté le port militaire de Brest, mardi 3 février en fin de matinée, pour être démantelé en Angleterre. Le départ de Brest de ce qui n'est plus officiellement que la coque Q790 constitue la dernière étape d'un rocambolesque feuilleton de plusieurs années qui a mené jusqu'en Inde l'ancien fleuron de la marine française désarmé en 1997.

Après une bonne heure et demie de manúuvres dans le port militaire breton, la coque a été prise en charge par le remorqueur océanique Anglian-Earl qui le remorquera jusqu'à Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre, où il doit être démantelé par la chantier Able UK. Le recours en référé d'une association brestoise de défense de l'environnement opposée au départ de l'ex-Clemenceau a été rejeté lundi par le tribunal administratif de Rennes, levant le dernier obstacle à son départ.

Able UK a remporté en juillet 2008 l'appel d'offres lancé par les autorités françaises pour déconstruire le navire (266 mètres de long, 51 mètres de large, 14 ponts, et beaucoup d'amiante). Les autorités françaises espèrent être définitivement débarrassées de l'encombrante coque, après l'échec de deux précédentes tentatives de l'expédier dans des chantiers de déconstruction. En 2003, alors que le navire avait été vendu à un chantier espagnol, la marine s'aperçoit, après dix jours de mer, que l'acheteur le dirige non vers l'Espagne comme convenu mais vers la Turquie : annulation du contrat, et premier retour à Toulon.

 


La coque rouillée du "Clemenceau" sera démantelée en Angleterre. AFP/ERIC ESTRADE

DES RECOURS CONTRE LE DÉMANTÈLEMENT DÉPOSÉS AU ROYAUME-UNI

Le 30 décembre 2005, l'ex porte-avions repart vers le site d'Alang (Inde), à la colère de plusieurs associations écologistes, dont Greenpeace, qui reprochent au gouvernement français de se débarrasser à bon compte d'une coque recelant beaucoup plus que les 45 tonnes d'amiante que la France veut bien reconnaître. Après un périple jusqu'aux côtes indiennes émaillé de multiples péripéties diplomatico-judiciaires, le bateau devra finalement revenir à Brest, faisant deux fois le tour de l'Afrique.

Une expertise montrera peu après l'étendue des zones amiantées à traiter sur le navire: 17,5 km de tuyaux, 2,8 km de gaines de ventilation, 2 380 m2 d'amiante projeté, 3 920 m2 de matelas d'amiante pour l'isolation, 7 120 m2 de dalles au sol et 44 000 m2 de peinture. Able UK a déjà démantelé des plateformes pétrolières et gazières. Il a également décroché en 2003 la déconstruction d'une dizaine de navires de la marine américaine, dont seuls quatre ont finalement fait le voyage. Les travaux de dépollution ont débuté mi-2008, retardés par des recours en justice.

Des recours contre le démantèlement de l'ex-Clemenceau ont également été déposés au Royaume-Uni par l'association locale Friends of Hartlepool, mais ils ont été rejetés fin 2008. "Nous ne sommes pas très contents", a déclaré mardi à l'AFP Iris Ryder, l'une des responsables de cette association qui envisage d'organiser des manifestations le jour de l'arrivée du bateau à Hartlepool. Les principales organisations écologistes, comme Greenpeace, se sont en revanche félicitées du démantèlement de l'ex-"Clem" en Occident plutôt qu'en Inde, où les conditions de travail sont déplorables et les conséquences sur l'environnement dramatiques.

Gaëlle Dupont
Le Monde
- 01/02/2009

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