Le "Clemenceau" a bouclé son dernier périple

L'ancien porte-avions Clemenceau est entré, dimanche 8 février, dans le bassin de cale sèche du chantier naval de la société Able UK, à Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre, où il doit être désamianté et démantelé. Rebaptisé "coque Q790", l'ex-fleuron de la marine française a rejoint sa destination finale après une traversée de 1 400 km sans anicroche, tracté par un remorqueur.

Parti de Brest mardi, le bâtiment a reçu le renfort de quatre autres remorqueurs lors de son arrivée à Hartlepool, pour l'aider à effectuer une dernière délicate manoeuvre afin de rentrer dans le centre de récupération et de recyclage environnemental de Teesside (TERRC), qui possède la plus vaste cale sèche au monde.

 


Le "Clemenceau" en baie d'Hartlepool. AFP/ANDREW YATES

Désarmé en 1997, celui qui a fait la fierté de la France pendant ses 36 ans de service doit être démantelé et désamianté. La coque contient environ 700 tonnes d'amiante, une cargaison toxique qui lui avait valu plusieurs années de péripéties diplomatico-judiciaires, un périple de 18 000 kilomètres, un assaut de militants de Greenpeace et trois ans parqué dans un coin du port de Brest.

Son arrivée à Hartlepool s'est en revanche passée dans une relative indifférence.


Hartlepool et la légende du singe français

La ville du Teeside qui verra les derniers jours du Clemenceau n'a pas toujours fait bon accueil aux bateaux français : la légende veut que ses habitants aient pendu un singe, seul rescapé du naufrage d'un navire napoléonien.

L'histoire raconte que pendant les guerres napoléoniennes, la population britannique se méfiait des espions et vivait en permanence dans la crainte d'une invasion des troupes françaises. Une peur que les habitants d'Hartlepool ont cru voir se matérialiser lorsqu'un navire de guerre français est apparu au large, pris dans la tourmente d'un orage. Surveillant les événements à distance, les Hartlepooliens ont assisté au naufrage du bateau et attendu que la mer rejette sur le rivage les débris. Et le seul rescapé, un singe domestiqué vêtu de l'uniforme de l'armée française.

La légende dit que les habitants d'Hartlepool, n'ayant jamais vu ni Français, ni singe ont pris l'animal pour un espion de Napoléon. Les pêcheurs de la ville ont alors organisé un procès à la va-vite, sur la plage, interrogeant le singe sous la torture, notamment de fer chauffé à blanc. Comme ils ne comprenaient pas les bruits sortant de sa bouche, ils ont conclu que l'animal s'exprimait en français et l'ont condamné à mort. Une sentence immédiatement appliquée : le singe a été pendu au mât d'un bateau de pêche.

La ville d'Hartlepool est toujours aujourd'hui intimement liée à cette légende, ses habitants étant surnommés les "Monkey hangers" (pendeurs de singe). La mascotte du Hartlepool football club est un singe baptisé H'Angus the monkey (jeu de mot avec "hang" qui signifie pendre et le prénom Angus) et l'emblème du club de rugby Hartlepool Rovers est un singe pendu à une potence.

Le Monde avec AFP - 08/02/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil