Le Clemenceau a rejoint sa destination finale en Angleterre

L'ancien porte-avions français Le Clemenceau est arrivé dimanche au chantier naval d'Hartlepool (nord-est) chargé de le démanteler, une fin de parcours dans une relative indifférence pour ce navire désarmé depuis 1997 et bourré d'amiante.
Il a franchi vers 14H30 GMT dimanche, par la poupe, les portes du bassin de cale sèche du chantier naval de la société Able UK, où il doit être désamianté et démantelé d'ici janvier 2010.

Rebaptisé coque Q790, l'ex-fleuron de la marine française a rejoint sa destination finale après une traversée de 1.400 km sans anicroches, tracté depuis Brest (ouest de la France) par un remorqueur de haute mer à une vitesse moyenne de six noeuds.
Pour les dernières encablures, quatre remorqueurs du port de Tees et Hartlepool avaient pris le relais de son escorte de haute mer, tandis qu'un cinquième apportait un soutien occasionnel.
Sous un franc soleil et un froid pinçant, on pouvait voir se détacher sur sa coque rouillée le nom Clemenceau.
"Je suis content de le voir enfin là", a confié Peter Stephenson, le patron de la société britannique, en regardant le vaisseau se glisser lentement entre quatre navires de l'armée américaine.
Ravi également Didier Lépine, responsable du démantèlement de Q790 pour la marine française. Il va être chargé du suivi de l'exécution du contrat, notamment en matière de protection de l'environnement, de sécurité de la main d'oeuvre et du recyclage.
"Nous n'avons pas vocation à nous substituer aux administrations britanniques mais, comme le contrat le prévoit, nous viendrons au moins une fois par mois pour vérifier que tout se passe bien", a-t-il expliqué à l'AFP, précisant que certaines visites pourraient être "inopinées".
Les travaux de démantèlement ne devraient pas débuter avant environ deux mois, le temps de construire le barrage fermant la cale sèche et de vider l'eau du bassin.
Le coût net pour l'Etat français du démantèlement du Clem sera entre 2,5 et 4,5 millions d'euros, après vente de la ferraille, a-t-il précisé. 92% des près de 26.000 tonnes du navire --l'équivalent de 2,5 Tour Eiffel-- sera recyclée.
Selon Peter Stephenson, l'ex-Clem devrait avoir totalement disparu en janvier 2010. Mais sans tambours, ni trompettes.
Celui qui a fait la fierté de la France pendant ses 36 ans de service est rapidement devenu un objet encombrant après son désarmement à cause de l'amiante disséminée dans sa carcasse. Il renferme 700 tonnes de matériaux contaminés par cette substance hautement cancérigène.
Cette cargaison toxique lui a valu plusieurs années de péripéties diplomatico-judiciaires, un périple de 18.000 kilomètres, un assaut de militants de Greenpeace et trois ans parqué dans un coin du port de Brest.
Mais l'option d'un démantèlement en Europe choisie à l'été 2008 ayant reçu le satisfecit des grandes organisations écologistes, l'association locale Friends of Hartlepool s'était retrouvée seule en Angleterre à s'opposer, en vain, au transfert de l'ex-Clem.
"Les gens pensent juste aux emplois créés, et quand ils se rendront compte des problèmes de pollution, ce sera trop tard", a confié Iris Ryder, une responsable de l'association.
Aucune manifestation n'avait été organisée à l'occasion de l'arrivée du navire mais Mme Ryder est venue assister aux manoeuvres en spectatrice, avec plusieurs militants.
Pour Stuart Drummond, maire d'Hartlepool, Able UK "va créer des milliers d'emplois dans les dix prochaines années. (...) C'est bon pour l'économie locale", a-t-il indiqué. "Able peut devenir un centre d'excellence en Europe, et peut-être au monde", a-t-il souligné.

Le Parisien Aujourd'hui en France - 08/02/2009

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