Plainte contre les casseurs ?

Brest. Les réactions étaient encore vives, hier, après la casse de la mairie par des producteurs de porcs. Cette fois, il est probable que la ville va porter plainte. Vendredi soir, après deux journées sans sommeil, Pierre Maille avait toujours la mine aussi sombre. La nuit passée à la mairie avec les producteurs de porcs et, surtout, les nombreux dégâts qu'ils ont laissés derrière eux, ont mis le maire et président du conseil général d'une humeur d'encre. Après avoir pris le point de vue de certains de ses conseillers, Pierre Maille annoncait, dans la soirée, que « la ville allait très probablement porter plainte ». Il est vrai que, cette fois, les exactions ont dépassé les bornes et qu'à la destruction de très nombreux dossiers et documents se sont ajoutés des vols, assez peu habituels dans les manifestations de ce genre. D'autre part, de nombreux syndicats et associations font pression auprès de la mairie pour que ces actes ne restent pas impunis. Nouvelles protestations Ces pressions, après celles déjà enregistrées vendredi (notre édition d'hier), se manifestent encore. Cinq associations, dans un communiqué commun, estiment que « ceux qui commettent, autorisent ou laissent faire de tels actes, se comportent en délinquants majeurs (quel exemple, insistent-elles, pour la jeunesse urbaine ou rurale) et ne doivent pas rester impunis. Ces casseurs, qui prennent la mairie et la population en otages, doivent payer les dégâts commis ». « Les contribuables brestois ne sont pas responsables » Ces cinq associations sont la CSCV (confédération syndicale du cadre de vie), la CSF (confédération syndicale des familles), la SEPNB, AE2D (Agir pour l'environnement et le développement durable) ainsi que « Eaux et Rivières ». Sur le fond de la crise, elles estiment que « les contribuables brestois ne sont en rien responsables de la chute des cours qui est le résultat d'un libéralisme agricole productiviste et d'une politique voulue d'extensions d'élevages engagées souvent de façon illégale par les gros agriculteurs et leurs syndicats qui ont monopolisé pendant des années l'espace, les droits à produire et les aides de l'Etat, au détriment des petits agriculteurs. » Ces cinq associations citent, à l'appui de leur propos, une déclaration récente du président de la chambre d'Agriculture du Morbihan : « On ne peut pas revendiquer à la fois la liberté complète de produire quand les cours sont bons et demander des aides quand la crise est là en mettant en avant la situation des éleveurs les plus fragiles. » « Pour notre part, concluent-elles, nous pensons qu'il faut promouvoir, dans le cadre d'un développement durable, une consommation plus citoyenne et une agriculture maîtrisée avec le souci d'une alimentation et d'un environnement de qualité ».

Le Télégramme - 01/11/1998

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