300 opposants aux OGM devant Cargill

Hier après midi, trois cents manifestants environ se sont rassemblés devant l'usine Cargill, au port, donnée par Brigitte Omnès, coordonnatrice pour le Nord-Finistère du collectif Bretagne sans OGM, comme « la porte d'entrée du soja transgénique en Bretagne ».

La manifestation (250 personnes selon la police, 500 selon les organisateurs) se voulait surtout symbolique. L'enceinte du port était fermée et les manifestants n'ont pas cherché à entrer sur le site de l'usine, où avaient d'ailleurs pris place des gendarmes. Si le collectif créé le 26 février après une réunion à Rohan (Morbihan) appelait à ce rassemblement, il avait reçu plusieurs soutiens (Confédération paysanne, Agriculture biologique, Greenpeace, réseau Cohérence, Attac, les Verts et l'UDB). Christian Bucher, des Verts, a souligné l'importance du groupe américain Cargill : «99.000 personnes, 1.000 installations dans 63 pays, et premier importateur mondial de matières agricoles en Europe».

«En état d'urgence»
Ronan Divard, porte-parole de l'UDB, résumait de son côté les raisons de l'opposition de sa formation aux OGM : «Des incertitudes sur la santé humaine, des risques de dissémination pouvant altérer l'agriculture traditionnelle, la nécessité d'avoir une filière forte sans OGM et l'inquiétude par rapport aux dérives sur l'appropriation du vivant». Brigitte Omnès disait son soutien à la décision prise par le conseil régional sur «une Bretagne sans OGM, du champ à l'assiette». Elle ajoutait : «J'ai l'impression qu'on est dans un état d'urgence, qu'on nous met le couteau sous la gorge. Le gouvernement ne tient pas compte de l'opposition de 70 % de la population aux OGM». Elle réclamait également l'étiquetage des animaux : « Pas d'OGM dans nos assiettes, c'est aussi pas d'OGM pour les animaux qu'on va manger».

Projet à Pont-Aven
Des manifestants se félicitaient du retrait récent, par une chaîne grossiste, d'une huile avec OGM. Julian Pondaven, du réseau Cohérence appelait de ses voeux un accord entre des coopératives de l'Etat de Parana, au Brésil, et des coopératives de Bretagne autour du soja sans OGM. Enfin, Benoît Chevalllier, du Collectif des faucheurs, a dénoncé, à plusieurs égards, le projet d'élevage de tylapias (perches du Nil) à Pont-Aven, dont l'enquête publique doit se terminer le 7 avril. La base d'alimentation, du tourteau de soja, serait en grande partie d'origine OGM.

 

Capacités de l'usine : ce qui sera permis ou non

L'usine de trituration Cargill existe au port depuis 1976 et emploie 45 personnes (hors emplois induits). Elle représente les trois quarts du trafic agroalimentaire.

A partir du colza et du soja, elle tire de l'huile végétale destinée à l'industrie agroalimentaire, également des protéines végétales entrant dans la composition des aliments du bétail. L'an dernier, elle a traité 600.000 t (source direction) : 220.000 t de colza français ou européen, sans OGM, et 380.000 t de soja, dont 60.000 non OGM et 320.000 avec OGM. Ce soja avec OGM provient surtout des USA, de l'Argentine et du Brésil. «Ces OGM ont été approuvés au niveau français et européen», observe le directeur Hervé de Praingy. Il ajoute que le choix est laissé au client entre soja sans ou avec OGM, tout en constatant que la demande augmente pour le soja avec OGM dont l'ensemencement est important aussi. Il précise qu'en cas d'OGM, l'étiquetage le précise et que, pour les protéines végétales, le client le sait à travers le contrat, la facture et le bon de livraison.

900.000 t souhaitées
L'autorisation de production dont jouit l'usine porte sur 450.000 t (avec une tolérance de plus ou moins 10 %). Elle l'a donc dépassée ce qui a provoqué certaines réactions. «Nous avons déclaré nos volumes au jour le jour», explique toutefois le directeur qui précise que, depuis 2003, des contacts ont été noués avec la Drire (1) pour le renouvellement du permis et son adaptation, Cargill souhaitant obtenir 900.000 t. «Nous sommes en train de terminer les études demandées. Nous espérons que le dossier trouvera une issue au premier semestre cette année. Si on doit ralentir les activités on le fera», indique le directeur, qui dit cependant espérer un nouveau permis attractif et pouvoir développer la trituration de colza pour le bio- carburant.

Bruit, odeur, CO2
Concernant le bruit causé par l'usine, il répond : «Nous avons demandé, à Sonovision en 2004, une étude et sommes largement en dessous des normes». A propos des odeurs et de la poussière : «Une étude demandée au cabinet Ligeron montre que nous sommes en dessous des normes ». Et les émanations de dioxyde de carbone ? «Nous avons besoin de chaudières. Un de nos objectifs est de continuer à travailler sur la réduction de CO2 et nos consommations énergétiques». Le directeur précise que l'usine est certifiée ISO 14 000 depuis 1999. (1) Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement.


Vincent Durupt
Le Télégramme - Brest- 03/04/2005

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