Centrale de Brennilis : un feu vert qui inquiète

Par décret du 9 février dernier, l’Etat vient d’autoriser EDF "à procéder aux opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de l’installation nucléaire" de Brennilis. Inquiète de la tournure des événements, jugée précipitée, l’association Agir pour l’environnement et le développement durable reste, par la voix de son président, Roger Abiven, plus que jamais vigilante.

Ce décret va permettre au chantier d’entrer dans sa troisième et dernière phase : la déconstruction du réacteur et de son enceinte. Sa préparation débutera, cette année, alors que son exécution interviendra entre 2008 et 2012.

    Selon Roger Abiven, « le démantèlement représente
    beaucoup plus de risques que l’exploitation».

Manque de transparence
D’emblée, Roger Abiven prévient : "Il y a aujourd’hui un déficit de prise de conscience. Pour beaucoup, ces travaux signifient surtout la fin de la centrale. Mais, le démantèlement représente beaucoup plus de risques que l’exploitation et notamment pour les travailleurs. Il y aura manipulation de matière radioactive. On est d’autant plus inquiets que le rayonnement n’aura pas beaucoup diminué". A un démantèlement immédiat, l’association aurait, en effet, préféré une période d’attente de 40 à 50 ans pour que la radioactivité diminue. Bien qu’elle ait intégré l’observatoire de démantèlement lors de sa dernière réunion en octobre, l’association dénonce le manque de transparence. "Les autorités d’EDF s’expriment unilatéralement. La lumière est faite sur beaucoup d’aspects, mais il y a des choses qui ne sont pas dévoilées", estime ainsi Roger Abiven avant de poursuivre : "Ce qui est nouveau, c’est qu’EDF et le gouvernement ont décidé d’accélérer le processus et de passer au démantèlement du réacteur au plus vite".

Destination des déchets ?
Par ailleurs, selon les autorités, la déconstruction de Brennilis doit servir de modèle à reproduire plus tard sur d’autres chantiers comparables. Mais, pour Roger Abiven, "vu les incidents qui s’y sont produits, ça va être difficile. La phase 2 n’a pas été si exemplaire que cela". Et l’associatif de rappeler alors la poussée d’une nappe phréatique qui a fragilisé un bâtiment ou encore les accidents du travail (quatre cas en 2005). Autre sujet d’inquiétude, la destination des déchets. "D’habitude, on prend un décret lorsque tout est prêt. Mais, pour l’instant, on ne sait pas quel site va recevoir les déchets moyennement radioactifs et à longue durée de vie de Brennilis. Trois destinations sont envisagées, aucune n’a pour l’instant été retenue. Dans ce cadre, le décret semble prématuré", affirme Roger Abiven.

Expertises indépendantes
L’association réclame donc que des études épidémiologiques réalisées par des indépendants établissent l’impact des travaux sur les ouvriers, les civils, la faune et la flore. Elle souhaite aussi être associée à l’appel d’offres qui déterminera les entreprises retenues, et que des expertises et contre-expertises établissent leur niveau de compétence. "Puisque l’on est engagé dans le démantèlement immédiat, soyons d’autant plus vigilants. Il reste des moyens à mettre en œuvre pour que la santé publique soit garantie", conclut Roger Abiven.

Hervé Corre
Le Télégramme Brest - 07/04/2006

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