Ex-Clemenceau. Dans les starting-blocks

Après plus de deux ans et demi d'attente, le Clemenceau pourrait quitter aujourd'hui le port de Brest. Un soulagement pour les autorités qui voient s'éloigner un fardeau de 30.000 tonnes de ferrailles et d'amiante.

Qu'elle soit considérée comme déchet ou comme matériel de guerre, la coque de l'ex-Clemenceau a finalement été autorisée à appareiller pour l'Angleterre. Le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a rejeté, hier soir, la demande de l'association Agir pour l'Environnement et le Développement Durable (AE2D), qui lui demandait la suspension de deux décisions: le «consentement» du ministre de l'Écologie au «transfert de déchet», et l'accord de la Commiss²ion interministérielle d'exportation du matériel de guerre pour la cession de l'ex navire militaire. Pour l'AE2D, Me Rajjou a développé les éléments techniques du dossier qui, selon lui, ne respecte pas la réglementation européenne. Il s'agit, notamment, des parasites incrustés dans la coque (laminaire et crépidule, dont l'Angleterre est aujourd'hui préservée), des produits toxiques de la peinture sous-marine et de la capacité du chantier de démantèlement Able-UK à préserver l'environnement et la santé de ses employés. Autant de points qui, selon le représentant de la préfecture, ont déjà fait l'objet de contentieux auprès des tribunaux anglais dont les décisions ont été favorables au transfert.
 

Le bateau est attendu en fin de semaine dans le nord-est de l'Angleterre. Photo archives Eugène Le Droff

Ni doute ni compétence
À propos du «consentement» du ministre de l'Écologie, le magistrat a considéré qu'il n'y avait pas de doute sérieux qui puisse le conduire à en suspendre l'application. Quant à l'exportation de matériel de guerre, il a estimé que le tribunal administratif de Rennes n'est pas compétent, dans la mesure où il s'agit d'une décision prise par une autorité nationale. L'AE2D ne compte pas en rester là. Elle attend que le tribunal administratif traite l'affaire au fond, en espérant qu'il annulera la décision que le juge des référés n'a pas suspendue. Et puis, selon Me Rajjou, il faudra saisir le Conseil d'État, juridiction compétente pour le matériel de guerre. En attendant, la lourde carcasse devrait donc pouvoir quitter le port de Brest dans les heures qui viennent.

Quatre à six jours de voyage
Le balai des deux remorqueurs hauturiers de la Marine, le Tenace et le Malabar, des pousseurs de la base navale et du remorqueur anglais AnglianEarlvenu le convoyer pourrait commencer dès aujourd'hui. La sortie de la rade-abri s'effectuera à l'aide des navires militaires, le remorqueur anglais crochera ensuite, seul, dans la coque pour la convoyer jusqu'en Angleterre.
Le voyage devrait durer entre quatre et six jours pour atteindre le site de démantèlement d'Hartlepool, près de Newcastle. Le navire devra être acheminé jusqu'au bassin exploité par le chantier AbleUk et mis à quai, comme l'a exigé le client français. Espérons que l'épopée de l'ex fleuron de la Marine se termine au mieux, sans rebondissement de dernière minute...

Stéphane Jézéquel et Alain Le Bloas
Le Télégramme - Côtes d'Armor - Morbihan - 03/02/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil