Extraction de sable. Le projet de Lafarge enterré

Le projet d'extraction de sable marin au large de Gâvres et Quiberon (56) a été enterré. Lafarge a renoncé à la concession après avoir pris connaissance de la position défavorable du préfet maritime de l'Atlantique.


Mercredi soir, lors d'une très discrète réunion à la sous-préfecture de Lorient, l'amiral de Saint Salvy, préfet maritime de l'Atlantique, a précisé sa position aux représentants du groupe cimentier Lafarge, qui défend le projet d'extraction de sable marin au large de Gâvres et Quiberon depuis plusieurs années. Il leur a indiqué qu'il émettrait un avis défavorable.

 

Photo archives François Destoc

Un site utilisé par la Marine nationale
Le préfet maritime motive sa décision par les résultats d'une étude sous-marine. «L'exploitation est inopportune au regard des échos magnétiques qui correspondent à des munitions non explosées en grand nombre», affirme-t-on du côté de la préfecture maritime. En effet, le secteur convoité par le groupe Lafarge est situé dans la zone du polygone de tir du centre d'essais et de lancements de missiles de Gâvres. Un site utilisé par la Marine nationale depuis plus de 150 ans. Et une activité de dragage de fond s'avère risquée, sinon incompatible, dans un endroit où reposent encore quantité de munitions dormantes. C'est donc au nom de la sécurité et du principe de précaution que le préfet maritime a déminé un dossier explosif. Une position partagée par le préfet du Morbihan. «Un courrier officiel formalisera cette décision commune. Mais pour gagner du temps, le préfet maritime a souhaité rencontrer les pétitionnaires et leur conseiller de ne pas poursuivre la procédure», précise la préfecture maritime. La recommandation a été entendue. Le groupe Lafarge a décidé, hier, d'abandonner le projet. Le cimentier avait obtenu, en mai 2005, du ministère de l'Industrie, un permis exclusif de recherche sur une zone située à plus de trois milles des côtes. Le groupe envisageant d'extraire 18 millions de tonnes de sable sur une durée de trente ans ; soit 600.000 tonnes par an. «Au terme de la période de recherche de cinq ans, Lafarge a décidé de ne pas déposer de demande de concession pour exploiter des granulats marins au large de Lorient, pour des raisons liées à la sécurité maritime et militaire», explique un communiqué de la société.

140 associations opposées au projet
Ce projet avait soulevé une vive opposition dans la plupart des communes du littoral. Le collectif du Peuple des Dunes, rassemblant 140 associations, avait multiplié les recours et les manifestations depuis 2007 pour dénoncer les risques d'une telle exploitation sur l'environnement.
Une crainte que le cimentier a toujours réfutée. «Cette décision ne remet pas en cause l'ensemble des études environnementales pilotées par Lafarge et ses partenaires pendant la phase de recherches, en particulier l'absence d'impacts négatifs du projet sur le trait de côte, les dunes et la pêche». D'ailleurs, Lafarge entend poursuivre ses projets d'exploitation en mer. «Ils sont indispensables aux besoins de la construction en Bretagne. À partir de 2010, les sablières alimentant le Morbihan seront insuffisantes pour satisfaire la filière du bâtiment et des travaux publics».

Un comité d'experts confirme les risques

«Le préfet du Morbihan suivra-t-il l'avis du préfet maritime ?». C'est la question que se pose le collectif du Peuple des Dunes, tout en se félicitant des conclusions formulées par le préfet maritime. Réjoui d'avoir été entendu dans son combat, le collectif est aujourd'hui engagé sur un autre front visant à empêcher le groupe Lafarge de décharger du sable marin au port du Rohu, à Lanester. Le collectif regrette cependant «que ces préoccupations environnementales n'aient pas primé sur celles liées à la présence de munitions sur le site visé».
Norbert Métairie, président de la communauté d'agglomération du Pays de Lorient se réjouit de ce retrait du groupe Lafarge. Dès 2007, il avait demandé à un comité scientifique indépendant présidé par Fernand Verger, professeur émérite à Normale Sup, de se pencher sur ce dossier. Heureux hasard ? Les conclusions définitives sont arrivées, hier matin, à Lorient. Là encore l'avis est clair et appelle au principe de précaution. Il est ainsi écrit: «Il y a bien une relation entre le secteur dunaire qui se prolonge sous la mer et la zone du projet d'extraction. Si cette extraction entraîne une fragilité supplémentaire du cordon dunaire, c'est la presqu'île de Gâvres qui en subirait les plus importantes conséquences. Les études communiquées par Lafarge et Italcementi nient systématiquement les risques. Les travaux concernant la dynamique littorale n'ont aucune valeur...». Cette étude met aussi en évidence les risques biologiques qui pèseraient sur le secteur.

Le Télégramme - Finistère - 04/07/2009

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