Ex-Clem'. Ces écolos qui veulent le garder

Comment des écologistes peuvent-ils s'opposer au départ d'un vieux porte-avions qui rouille dans le port militaire depuis plus de deux ans ?

On pourrait comprendre que, pressés de voir accélérer le démantèlement de ce genre de navire, ces écologistes soutiennent au contraire la dynamique engagée. C'est d'ailleurs le cas de l'association Robin des Bois qui, très au fait des questions de démantèlement dans le monde, soutient ouvertement le choix de la marine. Au contraire, l'association brestoise Agir pour environnement et le développement durable (AE2D) s'est jurée de tout faire pour s'opposer juridiquement au transfert du navire vers l'Angleterre.

 

Christian Bucher, l’avocat David Rajjou et Roger Abiven ont dévoilé, hier soir, les moyens dont ils disposent pour bloquer le navire.

"La France doit assumer"
Les militants d'AE2D estiment que le chantier ne présente pas les garanties de traitement de l'amiante et des produits polluants que renferme le bateau. Ils s'appuient sur une précédente condamnation concernant une filiale de traitement du chantier anglais. Ils estiment surtout que le chantier ne dispose ni des moyens, ni des compétences pour s'occuper de ce genre de navire.
Enfin, ils rappellent que le choix de cet industriel s'était effectué alors que le chantier ne disposait pas de toutes ses autorisations professionnelles. Leur opposition s'inscrit dans la droite ligne et en solidarité de l'association anglaise initialement opposée à la solution. Le deuxième faisceau de motivation d'AE2D concerne le démarrage d'une filière de démantèlement en France. L'association estime que la France dispose des moyens et pourrait bénéficier du lancement de cette filière sur son territoire. C'est aussi à la France de traiter son propre déchet, selon le fameux principe "pollueur-payeur-responsable."

L'arbre qui cache la forêt
Mais d'autres questions se pressent au bastingage du navire qui s'apprête à rejoindre l'Angleterre. Où est passé Greenpeace dans le débat, alors que ses militants avaient été les premiers à allumer la mèche de l'ex-fleuron de la marine française remorqué en Inde ? Pourquoi certains écologistes continuent-ils de s'acharner sur un bateau qui, pour une fois, certes avec les hésitations et les délais d'une complexe procédure européenne, fera l'objet d'une solution de traitement élaborée. Pendant que des centaines de navires continuent d'être coulés ou de rejoindre les chantiers glauques du Sud-Est asiatique... Et pourquoi un navire comme le pétrolier Winner, arraisonné en 2002 au large de l'Afrique et immobilisé depuis dans le port de Brest, ne fait-il pas l'objet d'autant d'attention ? Gîté, plus étanche depuis longtemps (des pompes fonctionnent en permanence), le navire menace de faire son trou dans la Penfeld. Dans la plus parfaite indifférence.

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme - Brest - 04/12/2008

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