Ex-Clemenceau. L'ultime bras de fer

Le Clemenceau fera des remous jusqu'au bout. Alors que la Marine annonce son départ imminent pour l'Angleterre, des écologistes brestois s'opposent juridiquement à son départ.

Alors que la plupart des feux sont passés au vert pour acheminer le fameux "déchet flottant" vers l'Angleterre (il manque la signature du Premier ministre autorisant le transfert d'un matériel militaire), les irréductibles de l'association Agir pour l'Environnement et le Développement durable (AE2D) ont juré de tout entreprendre pour scotcher le Q 790 dans le port de Brest. Pourtant, les écologistes ne sont pas d'accord entre eux. Pendant qu'AE2D introduit son recours auprès du tribunal administratif de Rennes, Robin des Bois salue l'option choisie par la Marine, "la seule actuellement satisfaisante pour la main-d'œuvre et l'environnement". Pendant ce temps, le préfet maritime annonce que le bateau a de bonnes chances de partir ces jours-ci, courant décembre. L'avocat d'AE2D attaque le document délivré par la Drire-Bretagne qui autorise le transfert de déchets transfrontaliers, ou plus exactement, accorde un "consentement sous certaines conditions". "Nous voulons nous assurer que la Drire a les moyens de justifier ce consentement."

 

Pressée de classer cet interminable dossier, la Marine table sur un transfert de la coque courant décembre.

Les capacités du chantier mises en doute
Au-delà des réserves administratives, les opposants estiment que le chantier n'a ni les compétences, ni la capacité à traiter la coque. "Nous avons, par ailleurs, une suspicion de condamnation de la maison-mère du chantier pour non-respect de la réglementation environnementale", argumente M e Rajjou. Les travaux qui ne sont pas achevés dans la cale sèche et le long des quais qui accueilleront le Clemenceau n'ont rien de très rassurants non plus. AE2D va même jusqu'à s'attaquer aux conditions d'attribution du marché, puisque l'entreprise n'avait pas tous ses certificats de compétence lorsqu'elle a été choisie. Enfin, comment Able UK réussira-t-il à traiter ce monstre de 26.000 t en un an seulement (les autres chantiers tablaient sur le double de temps), en plus d'un autre bâtiment américain à déconstruire dans la même cale et des travaux portuaires à achever en parallèle ?

Équipe de surveillance sur place
Mais la tempête ne semble pas toucher la marine qui annonce qu'il lui faudra entre une semaine et dix jours pour préparer le navire avant remorquage. Elle précise que le coût de l'opération est estimé à 10,7 M€; la valorisation des matériaux se situant entre 5,8 et 7,8 M€. Selon les estimations actuelles, la facture finale pour l'État oscillerait entre 2,5 et 4,5 M€, auxquels il faut rajouter les sommes engagées pour son désamiantage partiel, les multiples études et le coût du remorquage entre la France et l'Inde, aller-retour ! La coque devrait être recyclée à 92 % et afin de l'encourager dans cette voie, l'opérateur a même été intéressé en fonction du volume de matériaux valorisés. Une équipe française assurera le suivi et les contrôles sur place, pendant toute la durée du chantier. Au moindre faux pas, la Marine promet de suspendre le processus.

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme - Bretagne - 04/12/2008

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