Pollution. 700.000 requis contre le navire égyptien

Le capitaine de l'Al Esraa ne nie pas que la pollution provient de son bateau. Il nie en revanche tout caractère intentionnel et sollicite la relaxe. Le tribunal rendra son délibéré le 1er juillet.

Le 29 septembre 2008, un Falcon 50 décolle de Lann-Bihoué pour une observation aérienne. À 17h43, alors qu'il survole le rail d'Ouessant, le commandant de l'aéronef repère, à l'arrière d'un navire marchand, deux traînées suspectes s'étalant sur 14km de long et 300m de large, soit 3,6km². Il effectue des photos. Puis estimant avoir recueilli suffisamment de preuves, transmet à la préfecture sa déclaration de pollution maritime. Le vraquier, appartenant à l'armement Famco (Fédéral Arab Maritime compagnie), et battant pavillon égyptien, est alors arraisonné et immobilisé à Brest.

Des hydrocarbures dans la cuve à eaux usées
En voyant les images, le capitaine reconnaît immédiatement «qu'il y a un problème et qu'il provient de son bateau» mais explique aux experts chargés de l'inspection du bâtiment «que l'équipage s'est contenté de vider une partie de la cuve contenant les eaux usées, ce qui n'a rien d'illégal». Info ou intox ? Tel était tout l'enjeu des débats, hier, au tribunal correctionnel de Brest. Les investigations ont prouvé que des hydrocarbures se trouvaient dans cette cuve. En revanche, «aucune fissure avec une cuve attenante n'a été détectée, ce qui aurait permis d'expliquer un incident technique». Pour les parties civiles (quatre avocats représentant douze associations de défense de l'environnement), «l'intention ne fait donc aucun doute. S'il n'y a pas eu d'avarie, c'est que quelqu'un les a mis délibérément là, ces hydrocarbures». Pas du tout rétorque l'avocat du capitaine (absent hier à la barre): «La preuve, mon client a tout de suite coopéré. L'Al Esraa ne battait pas pavillon de complaisance et l'armement Famco, l'un des plus ancien d'Égypte, n'a jamais eu maille à partir avec la justice. Et quel intérêt aurait-il eu à dissimuler 400 litres alors que ses registres prouvent qu'il décharge entre 10.000 et 30.000 tonnes d'hydrocarbures lourds à chaque escale?»

Peines dissuasives
Le procureur Nadiège Bafcop a rappelé que «139 pollutions orphelines avaient été constatées en 2004, 59 en 2008». Pour elle, «cette baisse s'explique par un nombre de contrôles accru mais surtout des peines dissuasives prononcées». Estimant «que dans le cas présent, il y a eu volonté délibéré de violer les règles maritimes», elle a requis une peine de 700.000 , 90% à la charge de l'armateur, 10% pour le capitaine. Délibéré le 1er juillet.

Sarah Morio
Le Télégramme - Finistère - 07/05/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil