Électricité. L’alimentation de la Bretagne très fragile

Avec un pic de 17.100 mégawatts à 9 h hier, l’Ouest a battu un record de consommation électrique. Les délestages ont été évités de peu. La Bretagne produit seulement 7 % de l’électricité qu’elle consomme.
17.100 mégawatts, c’est 500 de plus que le pic de consommation de lundi. Un nouveau record de consommation qui a été établi sans qu’aucun usager n’ait à subir une coupure. Mais il s’en est fallu de peu. « Tous nos groupes disponibles étaient en fonctionnement. On est passé tout juste », observe Didier Beny, le directeur de RTE pour l’Ouest. Un risque de coupures toujours d’actualité qui a conduit RTE à maintenir le niveau d’alerte rouge pour aujourd’hui et demain en Bretagne.

La Rance à la rescousse
Hier matin, les quatre groupes de la centrale thermique de Cordemais, près de Nantes, une des principales sources d’alimentation de la Bretagne, et les cinq turbines à combustion de Brennilis et de Dirinon (440 MW) étaient en marche. Lors de ce pic, la centrale marémotrice de la Rance (240 MW) produisait également. « Heureusement que cette centrale produisait au bon moment sinon la situation aurait été beaucoup plus critique », souligne Didier Beny. En plus de ces sources, la Bretagne a aussi pu compter sur les centrales nucléaires de Chinon et de Flamanville.
Par manque de vent, les éoliennes ont, en revanche, très peu contribué à l’alimentation électrique. Le parc n’était qu’à 10 % de sa capacité. Le dispositif Ecowatt auquel se sont inscrites plus de 6.500 personnes n’a pas été inutile. Même s’il est trop tôt pour le mesurer avec précision, on ne doute pas à RTE de son efficacité. « 1 à 2 % de baisse de consommation, ça permet de garantir l’alimentation ». Aujourd’hui, la Bretagne ne produit qu’environ 7 % de l’électricité qu’elle consomme. C’est évidemment très peu. Autant dire que l’alimentation de la Bretagne reste très fragile malgré les investissements réalisés pour compenser le manque de production. « On est sans filet », reconnaît-on à la Drire. Une défaillance sur une ligne aurait eu, mardi soir ou hier matin, de redoutables conséquences. Si tel avait été le cas, des délestages auraient été nécessaires. Ils auraient pu concerner jusqu’à 200.000 foyers.

En attendant la centrale de Saint-Brieuc
Aujourd’hui, pour RTE, la sécurisation de l’alimentation de la Bretagne passe par la construction dans les Côtes-d’Armor d’une centrale à gaz. « Les 200 mégawatts de Saint-Brieuc permettraient de passer 400 mégawatts de plus parce qu’elle est très bien placée », explique Didier Beny. Mais cette centrale ne sera pas opérationnelle avant 2012. « D’ici là, on va vivre dangereusement ». D’autant plus que la consommation de la Bretagne croît plus vite que la moyenne nationale, de 2,2 % en moyenne contre 1,6 %. Une croissance qui est encore plus forte en pointe.

Économies d’énergie. L’exemple vannetais

Alors que la consommation d’électricité a atteint un nouveau record historique en France, hier à 19 h - le troisième en trois jours, à 92.400 mégawatts (MW) - et que le niveau d’alerte rouge est maintenu aujourd’hui et demain en Bretagne - où il existe un risque de coupures selon Réseau de Transport d’Électricité (RTE) -, la ville de Vannes a décidé, hier, de ne plus éclairer certains sites la nuit. Le jardin de l’Hermine, l’école de musique, la place Maurice-Marchais, l’hôtel de ville, la statue Richemont, la chapelle Saint-François, le palais de justice et les remparts font ainsi partie des endroits privés désormais d’éclairage décoratif. Une contribution symbolique mais qui a valeur d’exemple, précisait, hier, la mairie.

La construction de centrales électriques alimentées par biomasse favorisée

Hier, le ministère du Développement durable a annoncé un nouvel appel d’offres pour la construction, d’ici 2012, de centrales électriques alimentées à partir de biomasse (plantes, bois, biogaz, compost, etc.). La puissance cumulée de ces centrales sera de 250 mégawatts, soit l’équivalent du quart de la puissance d’un réacteur nucléaire. Les projets retenus pourront bénéficier d’un tarif préférentiel d’achat de l’électricité. Les candidats doivent faire parvenir leur dossier avant le 15 juillet à la Commission de régulation de l’énergie (CRE). La majorité de la puissance demandée (150 MW sur 250 MW) sera réservée à l’installation de centrales dans des zones prioritaires, comme la Bretagne.

Yvon Corre
Le Télégramme - Bretagne - 08/01/2009

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