Ex-Clemenceau. Un porte-avions pour faire redécoller Hartlepool

Elle n'a décidément rien d'une station balnéaire ! La ville portuaire qui s'apprête à recevoir l'Ex-Clemenceau, vers 18h30, affiche la mine triste des villes du Nord-Est de l'Angleterre, décapitées par la crise des années 80.

Fer de lance de l'industrie lourde, avant les années Thatcher, Hartlepool a vu son activité décliner à l'image de son chantier naval spécialisé dans la construction et le démantèlement des plate-formes pétrolières (Able Uk). Mais le vieux Clem' y est attendu pour rallumer la flamme.

Prononcé avec cet accent indescriptible du Nord-Est de l'Angleterre, le "Clemenceau" est sur toutes les lèvres. "Il arrive quand le bateau ?" se lance-t-on à voix haute dans les larges rues d'une ville presque déserte. En réalité, les habitants ne savent pas grand-chose sur le vieux porte-avions français. Ils savent au moins que la coque a permis de débloquer toutes les autorisations pour enfin commencer à désosser les quatre navires américains arrivés depuis novembre 2003.

 

Aucune visite n'est possible jusqu'à l'arrivée du Clemenceau sur le chantier Able UK d'Hartlepool

La ville des "bateaux fantômes"
On sait que le convoi remonte patiemment, entre 10 et 14 km/h. Les télés locales et nationales diffusent depuis quelques jours des images de l'épopée indienne du Clemenceau avec les militants de Greenpeace (qu'on avait presque oublié) déployant leurs banderolles à son bord. Une cinquantaine de journalistes est déjà sur place pour traiter l'épilogue d'une série qui s'est nourrie des quatre "Ghost ships" américains arrivés au chantier depuis 5 ans. Alors que la ville des "bateaux fantômes" retient son souffle, elle s'apprête à attirer, une fois n'est pas coutume, tous les projecteurs à elle ce weed-end. Il faut dire qu'on ne vient pas facilement se perdre à Hartlepool, drôle de ville à deux têtes. D'un côté, un coquet centre-ville et une marina posée au milieu de nulle part. Improbable projet immobilier qui a dû faire mousser un temps les spéculateurs de tous poils. Et de l'autre, dans son Sud, son côté obscure. Un terminal pétrolier, une raffinerie, un complexe chimique, une centrale nucléaire (bientôt rachetée par EDF) et une impressionnante montagne d'ordures "qui ne sent pas trop mauvais en hiver". C'est aussi à cet endroit que l'on ensevelit de l'amiante depuis des années.

"On n'en a pas déjà assez ?"
ur le rebord de la route, un caméran de Sky News interroge un écologiste, sur fond de chantier. Vieille veste de chasseur sur le dos et bottes en plastique aux pieds, il regrette l'arrivée de ce nouveau déchet. "On n'en a pas déjà assez ?" éructe-t-il en pointant l'impressionnant tas d'ordures qui offre à la ville son seul relief. Pendant ce temps, devant le chantier d'Able UK, une voiture de police est stationnée non loin des trois vigiles qui gardent l'entrée du site. Trois solides gaillards courtois mais fermes. "Reculez, Prenez vos photos de la route, s'il vous plaît. Une visite est prévue dimanche".
Un coup d'oeil au-delà de la centrale nucléaire construite à l'angle du chantier.Toujours rien en grande rade où sont mouillés quelques cargos et pétroliers en attente de chenalage pour la rivière de Tees. Après le franc mais bas soleil d'hier, les averses de neige recommencent à blanchir les toits et les cheminées de briques rouges d'une ville qui n'attend plus qu'un porte-avions pour redécoller.

Vidéo sur le site du Télégramme

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme - Bretagne - 08/02/2009

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