Ex-Clemenceau. Pas sûr que la Marine gagne au grattage


Exemplaire jusqu’au bout sur le plan écologique ? À voir. Le grattage de la coque de l’ex-Clemenceau en milieu naturel, par des plongeurs, n’a pas tardé à susciter des réactions.

Alors que les plaisanciers ou les marins-pêcheurs doivent faire caréner leur bateau sur des cales à récupération pour eaux souillées, la Marine nationale gratte la coque d’un de ses anciens plus gros navires (260 m) au cœur de sa rade-abri, à Brest, sans mesures de protection particulière. Une rade-abri directement reliée au fragile écosystème de la rade de Brest, les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques en savent quelque chose.

AE2D : « Inacceptable »
L’association brestoise Agir pour l’environnement et le développement durable, opposée au départ de la coque a découvert avec stupeur la technique utilisée par la Marine.
« Un véritable cas d’exception pour un navire qui se doit (se devait ?) de la plus grande exemplarité sur le plan écologique », commente le membre fondateur de l’association, Christian Bucher. « Ce grattage est inacceptable. Ce sont plusieurs kilos ou dizaines de kilos de peinture au tributyl étain (TBT) qui vont venir se déposer sur le fond ».
 

Les travaux de grattage devraient durer une bonne semaine sous le Clemenceau. Les plongeurs de la Marine sont aidés depuis hier par les hommes et les moyens d’une société spécialisée.

Mor-Glaz : « Du bricolage »
Le toujours très mordant Jean-Paul Hellequin de Mor-Glaz estime que ce « grattage » s’apparente à du « bricolage ». « L’ancien porte-avions devait passer en cale sèche ! On aurait ainsi montré qu’on avait les moyens de le démanteler à Brest. Comment expliquer ce que fait la Marine nationale aujourd’hui quand on poursuit et fait payer des capitaines de cargo ou de bateau de pêche pris à polluer en mer ? Et que fera-t-on des tonnes d’eau contenues dans les ballasts de ce vieux Clem’ ? ».

Robin des Bois : « Il faut vérifier l’impact »
Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois, pourtant grand supporter du dossier porté par la Marine, aimerait que soit comparée la qualité de l’eau et des boues de la zone d’amarrage du bateau, avant et après cette opération de nettoyage. La Marine est connue pour avoir utilisé par le passé des peintures antifouling aussi radicales que polluantes. « Il faut vérifier l’impact de cette opération de dernière minute. Si les analyses ne sont pas satisfaisantes, il faut espérer que la Marine se donne les moyens de draguer la zone polluée ». Le porte-parole de l’association connaît bien le problème des résidus portuaires. Son organisation avait, notamment, pointé les fortes teneurs en métaux, TBT et hydrocarbures des boues récupérées lors du creusement du nouveau port de plaisance brestois.

Ça ne s’améliore pas à Landévennec
L’état des navires amarrés au cimetière de bateaux de Landévennec, à l’embouchure de l’Aulne, ne cesse de se détériorer. Saison après saison, les navires en attente de démolition subissent de plein fouet l’usure du temps. Des morceaux de peinture et de coque se détachent régulièrement pour finir au fond d’un estuaire brassé par les marées. Le site remarquable de par sa situation et son écosystème est situé à l’entrée du plus grand fleuve breton connu pour la richesse de sa faune et de sa flore.

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme- Bretagne - 09/01/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil