Clem'. La fin d'une incroyable saga

Ce sera sans doute plus délicat d'acheminer la Jeanne-d'Arc aux Anglais, mais pour le Clem', c'est fait depuis hier! Le chantier Able Uk, dans le nord-est de l'Angleterre, se donne onze mois pour désosser le «Tigre».

L'ancien porte-avions a avalé son dernier mille à reculons, dirigé par cinq remorqueurs, avec moins d'un mètre d'eau sous la quille. L'incroyable saga industrialo-maritime s'est achevée, hier après-midi, dans les eaux froides de la mer du Nord, bien loin de la chaleur moite des plages indiennes. Peu avare en rebondissements en tous genres, le porte-avions nous aura fait frissonner jusqu'au bout. A voir l'étroitesse du chenal (à peine plus large que celui de la rivière de Morlaix!) et une hauteur d'eau tout juste suffisante pour ses 8m 50 sous la ligne de flottaison, les quarante journalistes présents (une moitié de Français) se sont demandé ce que le Q790 allait encore leur réserver. Comment le monstre de 32.000 tonnes allait passer entre les piliers de la porte de bassin en construction. Mais la bête, résignée et fatiguée par tant de péripéties, s'est laissé glisser à l'endroit où elle sera désossée. Placé entre quatre navires américains au destin similaire, le «Tigre», d'après le surnom donné à Georges Clemenceau et plus tard au fleuron de la Marine française, a sagement pris sa place en culant au milieu d'un bassin naturel où deux autres navires britanniques sont bientôt attendus.

 

L'ex-Clemenceau a sagement pris sa place dans le bassin naturel où il sera desossé. Photo R. Barsotti/Nice-Matin/PhotoPQR

«Qui oserait aujourd'hui s'opposer à la venue de ces navires?» Peter Stephenson patron d'Able Uk

Pas un souffle de contestation
En maître de cérémonie des plus enjoués, le patron d'Able Uk, Peter Stephenson, a multiplié les interviews et les pauses photos. Disponible et pédagogique, le vieil industriel a pris le soin d'afficher la déclaration d'un écologiste local, collectée il y a quatre jours. Dégonflée, la bulle d'opposants locaux à la venue du «french ship»? En tout cas réduite, selon le patron d'Able Uk très en verve, à cinq ou six personnes tout au plus. On se souvient que l'arrivée des premiers navires américains avait suscité une virulente mobilisation des écologistes anglais refusant que le secteur ne devienne la poubelle du pays. Mais pas le moindre souffle de contestation hier. «Avec la récession économique qui déferle sur l'Angleterre, qui oserait aujourd'hui s'opposer à la venue de ces navires?», enfonce habilement Peter Stephenson. Et le patron sait de quoi il parle dans une région qui, au plus fort de la crise des années Thatcher, affichait le plus fort taux de chômage et d'endettement de Grande-Bretagne.

Programme chargé
Avant de crocher dans le Clem', les ouvriers d'Able UK devront construire une porte provisoire, afin d'assécher le bassin. La porte définitive sera édifiée à sec (deux mois de travaux au total). Les sédiments seront extraits pour faciliter le travail des engins au sol. Able Uk annonce pouvoir absorber, en plus des deux navires américains déjà entamés, le Q790, ses 250m, ses 25.000t de ferrailles et de produits divers, avant la fin de l'année.

Une montagne de déchets
Une des curiosités du secteur est sans conteste la montagne de déchets (une dizaine de mètres de haut) du site d'enfouissement de la ville. Située à quelques centaines de mètres du chantier, de l'autre côté de la route, c'est là que sera enseveli l'amiante de l'ex-Clemenceau.

Des Contrôles réguliers
Alors que plusieurs navires seront déconstruits sur le même site, le client français (le service de soutien de la flotte de la Marine) a demandé d'isoler clairement le périmètre Clemenceau. Le responsable français du dossier, Didier Lépine, assurera et pilotera de nombreuses visites et des contrôles des matériaux extraits.

Des pièces pour le Foch
La marine brésilienne a d’ores et déjà fait savoir qu’elle était intéressée par la récupération de pièces sur le Clem’. Le Foch qu’elle maintient tant bien que mal en activité dispose d’équipements similaires. Avec l’accord du client (la France est encore propriétaire de l’ex-Clem durant les opérations de démantèlement), le chantier sera autorisé à commercialiser ces pièces.

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme - Monde - 09/02/2009

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