Ex-Clem. Pas sûr que la Marine gagne au grattage


Exemplaire jusqu’au bout sur le plan écologique ? À voir. Le grattage de la coque de l’ex-Clemenceau en milieu naturel, par des plongeurs, n’a pas tardé à susciter des réactions. Une plainte a été déposée, hier.

Alors que les plaisanciers ou les marins-pêcheurs doivent faire caréner leur bateau sur des cales à récupération pour eaux souillées, la Marine nationale gratte la coque d’un de ses anciens plus gros navires (260 m) au cœur de sa rade-abri, à Brest, sans mesure de protection particulière. Une rade-abri directement reliée au fragile écosystème de la rade de Brest, les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques en savent quelque chose.

 

Les travaux de grattage devraient durer une bonne semaine sous l’ex-Clemenceau. Les plongeurs de la Marine sont aidés depuis jeudi par les hommes et les moyens d’une société spécialisée.

AE2D : « Inacceptable »
L’association brestoise Agir pour l’environnement et le développement durable (AE2D) a porté plainte contre X pour délit de pollution des eaux, hier, auprès du parquet de Brest. Dans une lettre, adressée au préfet maritime, l’association demande à l’amiral de « prendre toutes les dispositions et d’entreprendre toutes démarches qui relèvent de ses responsabilités et compétences pour éviter les pollutions des eaux de la rade de Brest ». Le courrier ne manque pas de sel puisque le préfet maritime est également le patron du site où se déroule actuellement (a priori jusqu’à demain) le carénage sauvage. « Ce grattage est inacceptable. Ce sont plusieurs kilos ou dizaines de kilos de peinture au tributyl étain (TBT) qui vont venir se déposer au fond », commente l’un des membres de l’association.
Le toujours très mordant Jean-Paul Hellequin de Mor-Glaz estime que ce « grattage » s’apparente à du « bricolage ».
« L’ancien porte-avions devait passer en cale sèche ! On aurait ainsi montré qu’on avait les moyens de le démanteler à Brest. Comment expliquer ce que fait la Marine nationale aujourd’hui quand on poursuit et fait payer des capitaines de cargo ou de bateau de pêche pris à polluer en mer ? ».

Robin des Bois : « Il faut vérifier l’impact »
Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois, pourtant grand supporter du dossier porté par la Marine, aimerait que soit comparée la qualité de l’eau et des boues de la zone d’amarrage du bateau, avant et après cette opération de nettoyage. La Marine est connue pour avoir utilisé par le passé des peintures antifouling aussi radicales que polluantes. « Il faut vérifier l’impact de cette opération de dernière minute. Si les analyses ne sont pas satisfaisantes, il faut espérer que la Marine se donne les moyens de draguer la zone polluée ».

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme- Côtes-d'Armor - 10/01/2009

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