Maïs OGM. La polémique redémarre

Un avis de l'Afssa, selon laquelle le maïs OGM Monsanto serait sans danger pour la santé, a relancé hier la polémique. La France a toutefois maintenu la suspension de cette culture.

La culture de maïs OGM de Monsanto en France reste suspendue, a annoncé hier le gouvernement, après la vive polémique suscitée par la publication de l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), selon laquelle ce produit ne présenterait aucun danger sanitaire. «La France maintient la suspension en attendant une décision de la Commission (européenne), qu'elle respectera», a déclaré depuis Bruxelles le Premier ministre François Fillon.

«On ne connaît rien des effets à long terme»
L'avis de l'Afssa «ne remet pas en cause la clause de sauvegarde (...) qui repose sur des risques jugés sérieux pour l'environnement et non pas sur des risques sanitaires», a de son côté souligné le ministère de l'Ecologie. L'Afssa contredit le rapport du professeur Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS. La France s'est appuyée sur l'expertise de ce dernier pour suspendre en février2008 la culture de ce maïs, au titre du principe de précaution, en invoquant la «clause de sauvegarde» auprès de l'Union européenne. L'agence estime que ce rapport n'apporte «aucun élément nouveau». Mais, selon le professeur Le Maho, il est à ce jour «impossible de conclure à l'innocuité» du MON 810 pour la santé et l'environnement. «Les recherches doivent absolument se poursuivre», a-t-il fait valoir. «On ne connaît rien des effets à long terme des OGM, on n'en a aucune idée et on ne fait rien pour les connaître», a renchéri Pierre-Henri Gouyon, également scientifique du CNRS, qui a tempêté contre l'attitude de l'Afssa. Les écologistes, eux aussi vent debout contre ce rapport - José Bové a parlé d'un «coup de force du lobby pro-OGM», France nature environnement a dénoncé «un avis politique, pas scientifique» - ont en tout cas salué la réponse gouvernementale.

 

Les surfaces cultivées avec des organismes génétiquement modifiés ont représenté 125millions d'hectares dans le monde en 2008, soit une hausse de 9,4% par rapport à 2007. Photo Claude Prigent

Réunion lundi à Bruxelles
Les associations écologistes s'étonnent aussi de la publication de ce rapport, à l'approche de discussions européennes cruciales. La Commission a en effet demandé à la France et à trois autres pays - Autriche, Grèce et Hongrie - de lever leurs clauses de sauvegarde. Une réunion d'experts sur ce sujet est prévue lundi à Bruxelles. Les semenciers ont pour leur part jugé que le maintien de la suspension allait «à l'encontre de l'expertise scientifique et du libre choix des agriculteurs». Monsanto, «pas surpris» par l'avis de l'Afssa, a de son côté regretté que la France «pénalise sérieusement» ses agriculteurs.

Une culture en questions

Qu'est-ce que le maïs MON 810?
Il s'agit d'un maïs destiné à l'alimentation animale dont la France a suspendu la culture début 2008 au nom du principe de précaution. Il est modifié pour produire une protéine qui le protège des attaques de deux chenilles, la pyrale et la sésamie.

Quels sont les risques connus pour l'environnement?
Principalement un risque de dispersion dans l'environnement, estime le Pr Yvon Le Maho (CNRS et Museum).

Quel avantage pour l'agriculteur?
Pour Cédric Poeydomenge, directeur-adjoint de l'Association des producteurs de maïs (AGPM), «c'est la façon la plus simple de lutter contre la pyrale et la sésamie sans utiliser de produits phytosanitaires». Le risque est de promouvoir de nouveaux prédateurs.

Quel avantage pour le consommateur?
«Aujourd'hui, le maïs OGM ne rapporte pas grand chose, mais demain, il représentera un "plus" alimentaire et sanitaire avec le développement de nouvelles variétés», souligne Didier Marteau, de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA).

Quel impact sur l'agriculture?
Les défenseurs des OGM font miroiter la possibilité à terme de régler les problèmes de la faim dans le monde; mais les écologistes dénoncent la mainmise des multinationales des biotechnologies sur les marchés agricoles.


Le Télégramme - France - 13/02/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil