Sous-marins. L'incroyable collision

Deux sous-marins français et britannique sont entrés en collision, début février, dans l'océan Atlantique. Une collision incroyable. Les sous-marins, tellement discrets, «ne se sont pas entendus»!

Deux SNLE (Sous-marins nucléaires lanceurs d'engins), l'un français, l'autre britannique, «sont entrés en contact brièvement à très basse vitesse alors qu'ils étaient en plongée», a reconnu laconiquement, hier, le ministère de la Défense dans un communiqué, confirmant ainsi l'information révélée hier matin par le quotidien britannique le Sun. C'était une patrouille de routine pour chacun des deux SNLE, le Triomphant et le HMS Vanguard. «Il n'y a eu aucun blessé. Ni leurs missions de dissuasion, ni la sûreté nucléaire n'ont été affectées», ajoute le communiqué qui souligne que le Triomphant est rentré «normalement» à Brest. Normalement, peut-être, mais avec son dôme radar bien amoché...

 

Le Triomphant (ci-contre) est un sous-marin nucléaire lanceur d'engin (SNLE). Il a été mis en service en 1997. Il est entré en collision avec le HMS Vanguard, un SNLE britannique. Photo AFP

Seize missiles à bord
Le Vanguard, quant à lui, est rentré au pays, remorqué selon certaines sources, avec une coque cabossée et éraflée. Les 250 marins des deux sous-marins, armés chacun de seize missiles nucléaires balistiques à têtes multiples, l'ont tout de même échappé belle! Cette affaire est effectivement étonnante. Que deux sous-marins se trouvent au même endroit, à la même heure, dans les mêmes profondeurs! Il y avait, selon un Britannique, une chance sur un million pour que cela se produise. Les Marines française et britanniques étaient, hier, peu bavardes. Dissuasion et secrets qui vont avec obligent. Mais elles étaient sur la même longueur d'onde. Si l'on sait que la collision s'est passée dans l'océan Atlantique, dans de grandes profondeurs, et dans une mer sans doute agitée, on ne sait pas exactement où et à quelle date s'est produit l'accident. Début février, dit-on à Paris. Le 3 ou le 4février, dit-on à Londres.

Conçus pour être le plus silencieux possible
Ce que l'on sait: la Marine nationale a elle-même communiqué et reconnaissait, le 7février, que le dôme sonar du Triomphant avait été endommagé. Elle privilégiait alors l'hypothèse d'une collision avec un objet immergé, «probablement» un conteneur. Un drôle de conteneur tout de même, bien gros, avec une hélice, et peint en noir! Que s'est-il passé dans ces grands fonds? Les deux SNLE sont des bâtiments de dernière génération. Ils ont été conçus et construits pour faire le moins de bruit possible, pour ne pas se faire repérer par un adversaire potentiel. La technique a l'air au point des deux côtés de la Manche! Le sous-marin français n'aurait pas repéré le sous-marin anglais. Et vice versa.

Mission: se faire oublier
«Ils ne se sont pas entendus», expliquait, hier, un expert en sous-marins. Il faut savoir que le SNLE et ses hommes ne voient rien dans la nuit des profondeurs. Sa mission, c'est d'écouter, de se faire oublier, de se «diluer» dans le milieu, dans l'océan. Ils ne sont pas là pour chasser le sous-marin mais pour fuir... Les SNLE nouvelle génération sont 100 fois plus discrets que les anciens SNLE du type Redoutable. On dit que même la frégate qui accompagne le SNLE n'arrive plus à le repérer dès qu'il a franchi le goulet de Brest... Les très discrets sous-marins avançaient à petite vitesse, ce qui est normal dit-on: s'ils allaient vite, ils feraient du bruit. C'est aussi cette petite vitesse qui explique que le choc entre les deux SNLE n'ait pas été trop violent. L'un des deux sous-marins a sans doute abordé l'autre par le travers, ce qui lui a permis de «glisser» sur la coque et non de l'enfoncer. Des deux côtés de la Manche, les fins limiers de la Défense commencent à enquêter sur cette étrange affaire.

Catherine Magueur
Le
Télégramme - France - 17/02/2009

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