Point de vue. Le secret au nom de l'efficacité

Fallait-il dire que notre Triomphant a heurté sous l'eau un SNLE britannique? Pas si sûr... en nous narrant, l'autre semaine, la douce faribole du conteneur immergé, l'état-major de la Marine nous offrait ce que l'on appelle un pieux mensonge. L'essentiel avait été dit: un choc, des dégâts matériels, pas de risque nucléaire ni de pertes humaines.

Les marins français n'avaient alors pas souhaité détailler cet accident, aussi inimaginable que le choc, il y a quelques jours, de deux satellites dans l'espace. Sans doute grâce à la Royal Navy incapable de tenir un secret, sauf quand il concerne ses manoeuvres le jour du naufrage du Bugaled Breizh, nous saurons un jour ce qui s'est passé. Mais l'idée selon laquelle les deux sous-marins ne se seraient pas «entendus», alors que le museau de l'un venait titiller la poupe de l'autre, ne sera crue que par ceux qui aiment les histoires de sirènes. Osons donc l'hypothèse que les commandants de ces deux navires jouaient en quelque sorte au chat et à la souris, l'un arrivant par derrière pour ne laisser son homologue le découvrir qu'à la dernière seconde! Et patatras... Les SNLE sous la mer n'ont qu'une hantise: être découverts par les sous-marins nucléaires d'attaque. Alors, ils passent leur temps à fuir et à éviter les rencontres. En surfant au coeur des zones de convergence et en n'utilisant que leur sonar passif, qui n'émet rien mais entend tout, des galets qui roulent aux crevettes qui craquent. Sans oublier les sous-marins de sa très gracieuse Majesté. Dans ce choc qui n'a pas touché-nous dit-on- les coques épaisses des submersibles, aucune vie -nous dit-on- n'a été mise en danger. Des risques ont-ils été pris qui n'auraient pas dû l'être? Peut-être. Mais soyons clairs: si certains secrets militaires n'ont aucune raison d'être et ne servent à cacher que des turpitudes, on n'est pas ici dans ce cas. Les méthodes d'action et d'entraînement des SNLE, leurs capacités techniques et opérationnelles, leurs déboires aussi s'ils sont mineurs, n'ont pas à être précisés.

Jean Guisnel
Le
Télégramme - France - 17/02/2009

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