Brennilis. L'enjeu de la communication

La Commission locale d'information (Cli) de Brennilis a débattu du coeur même de sa mission, hier soir, à Quimper. Comment informer en toute transparence sur un dossier complexe ? Il y a eu des désaccords.

Les 43 membres de la Cli, installée en janvier dernier pour accompagner le démantèlement final de la centrale nucléaire de Brennilis, se sont réunis, hier, sous la présidence de Pierre Maille au conseil général. Autour de la table, 22 élus, sept représentants d'associations (*), cinq représentants syndicaux et des personnalités qualifiées devaient voter le règlement intérieur de la commission. L'enjeu de la soirée était là. Pierre Maille a tenu la conférence de presse à l'issue des débats sous l'oeil attentif des militants associatifs. «Les travaux de la Cli ne seront pas publics pour qu'ils puissent se dérouler dans la sérénité, a-t-il expliqué. L'ensemble des documents sera communiqué et nous organiserons des réunions publiques si nécessaires». «Pour nous, c'est une pierre d'achoppement importante, a souligné Chantal Cuisnier (Sortir du nucléaire). Nous nous sommes même interrogés sur notre présence ici. Nous prenons acte que malgré cette omerta, nous pourrons enregistrer les débats nous-mêmes».
Les journalistes présents ont ensuite été témoins de la difficulté de communication dans ce dossier.
Xavier Gremillet (groupe mammalogique) a expliqué qu'il avait compris qu'«EDF envisageait de démanteler rapidement car le béton ne tiendrait pas». Pierre Maille s'est élevé contre cette affirmation. «Il y a ici des personnes qui ont une attitude idéologique», a-t-il dit. Réplique immédiate. «S'il y a une idéologie, elle est des deux côtés avec le lobby nucléaire». Ambiance.
 

«Les travaux de la Cli ne seront pas publics pour qu'ils puissent se dérouler dans la sérénité», a indiqué, hier, Pierre Maille. Photo Claude Prigent, archives

Trouver la moins mauvaise solution

Le ton a ensuite baissé, chacun s'accordant qu'il fallait trouver «la moins mauvaise solution». Le règlement intérieur a été voté avec 18 voix pour, 10 contre faute d'ouverture au public et une abstention.
Le dossier de démantèlement final des installations est actuellement en cours d'instruction dans les services de l'État. Il sera ensuite soumis à enquête publique. La Cli devra se prononcer dans les 15 jours après l'enquête. La commission devra, d'ici là, travailler vite. «Nous devons examiner ce qu'il faut réactualiser, contre expertiser, prévoir éventuellement des études complémentaires», a souligné Pierre Maille. Pour cela, un budget de 8.000 sur les 20.000 dont dispose la commission, est prévu. Encore une pierre d'achoppement.
«C'est une somme modeste, a concédé Pierre Maille. Mais essayons de nous mettre d'accord sur ce que nous voulons faire. Ensuite, nous chercherons les moyens de réussir».

* Sortir du Nucléaire, Eau et Rivières, CLCV, Groupe mammalogique Breton, Bretagne Vivante, Association pour l'environnement et le développement durable et Vivre dans les monts d'Arrée.


24 ans de chantiers, projets et débats

1967. La «petite» centrale nucléaire de Brennilis (70MW) entre en fonction.

1985. La production est arrêtée.

1985-1990. De multiples projets de reconversion du site sont envisagés. On parlera même d'un centre d'étude et de formation à la protection de l'environnement. Le combustible et 100 tonnes d'eau lourde ont été évacués sur Cadarache (Bouches-du-Rhône).

1994. Une enquête publique est organisée pour une deuxième étape de démantèlement partiel: le démontage de tout ce qui se trouve à l'extérieur de l'enceinte.

1996. Le décret est publié. Le chantier de démantèlement débute en 1997.

1995-2000. Un débat sur le démantèlement final oppose ceux qui veulent laisser «reposer» le coeur pendant 50 ans et ceux qui demandent un «retour à l'herbe» dans les 20 ans. Ce chantier est présenté par ses défenseurs comme une «vitrine» du savoir-faire français.

2000. Des prospections ont lieu pour créer un centre d'enfouissement des déchets nucléaires. Des manifestations importantes ont lieu, notamment à Brennilis. Le projet est abandonné.

2005. Des milliers de tonnes de déchets radioactifs ont été évacués vers le département de l'Aube. La deuxième phase de démantèlement partiel s'achève.

2006. Un décret concernant le démantèlement complet est publié. Le calendrier court jusqu'à 2018. Le réseau «Sortir du nucléaire» porte plainte pour «absence de mise à disposition du public d'une étude d'impact».

2007. Le Conseil d'État annule le décret, ce qui aboutit à l'arrêt du chantier. 25 employés sur la centaine engagée restent sur place. Un rapport pointe de nombreuses anomalies sur les chantiers précédents.

2009. La Commission locale d'information est installée le 12 janvier. Le 16 mars, l'exploitant présente le démantèlement de l'installation lors de la deuxième réunion plénière.

Ronan Larvor
Le Télégramme - Finistère - 17/03/2009

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