Tram. Des conclusions d'enquête attendues

L'enquête publique sur le tramway s'achèvera ce soir, lorsque les cinq commissaires enquêteurs fermeront les registres ouverts depuis le 9 mars. À l'issue de cette consultation, ils s'étonnent de l'attitude de Brest Métropole Océane qui aurait un peu faussé le jeu.

Dans la salle du fond de la mairie des Quatre-Moulins, une dame consigne consciencieusement ses observations sur le registre de l'enquête publique. Elle échange avec les deux commissaires enquêteurs, M.Goarnisson et Mme Faysse, et une représentante du comité de quartier, Solveig Dess. Pour autant, le ton des commissaires enquêteurs, nommés par le tribunal administratif, est comme agacé. «BMO a beau annoncer une inauguration en 2012, si la déclaration d'utilité publique n'est pas prononcée, il n'y aura pas de tramway», tempête Mme Faysse qui, forte de plusieurs opérations de ce type, s'étonne tout haut que «la collectivité, le maître d'ouvrage, ne se soit pas mise en retrait lors de l'enquête publique. Traditionnellement, c'est ce qui se fait ailleurs». À Brest, tout le contraire. «Nous avons accueilli beaucoup de gens qui arrivaient en nous demandant à quoi servait encore toute cette paperasse puisqu'ils étaient convaincus que le tramway se ferait coûte que coûte» et que l'enquête publique n'était en fait qu'une forme d'esbroufe.

Dans les mains du préfet
Pourtant, les règles sont formelles. Ce n'est pas BMO qui décidera de la déclaration d'utilité publique absolument nécessaire au tram, mais bien le préfet du Finistère, et lui seul. Pour parvenir (ou pas) à cette autorisation, il se basera sur diverses consultations et, bien sûr, sur les conclusions de l'enquête publique. «Nous avons trois possibilités, résume M.Goarnisson. Soit nous donnons un avis favorable, soit nous donnons un avis défavorable, soit nous donnons un avis favorable avec des réserves». Le préfet peut toujours passer outre mais «un avis défavorable est politiquement mal vécu». Il sert aussi de base pour attaquer la déclaration d'utilité publique devant le tribunal administratif, avec bonne chance de parvenir à l'annulation de la fameuse déclaration.

La crainte des travaux
Rien de tel, pour l'instant, puisque les cinq commissaires enquêteurs du tramway disposent de six mois pour rendre leur avis, dont ils ignorent encore la teneur. «Nous espérons le divulguer avant les vacances», concède M.Goarnisson. «Une chose me semble certaine : nous ne manquerons pas de parler de l'attitude de BMO dans notre rapport», continue Mme Faysse. Pour le reste, les deux enquêteurs avouent ne s'être pas «ennuyés» et avoir entendu la parole des nombreux Brestois qui se sont déplacés pour remplir les registres. «À brûle-pourpoint, il nous semble que ce qui inquiète le plus les gens est la période des travaux, résument-ils, mais il semble que le projet du tram soit plutôt bien accepté». Avec des nuances d'un quartier à l'autre, des demandes comme un arrêt le long de la descente de Pen-ar-Créach ou des divergences entre «l'hyper centre» et «la rase campagne». Mais de tout cela, que sortira-t-il, au final ?

Trois ans encore, si tout va bien

Le calendrier du tramway à Brest a beau être bien établi, il reste tributaire des résultats de l'enquête publique. Doit-on déjà s'attendre à des retards ?

Enquête publique, dernier jour. Pour s'exprimer sur le projet, consulter les dossiers et lire les observations, il est encore possible de se rendre dans toutes les mairies de BMO et dans toutes les mairies annexes de la ville, aujourd'hui. Il est aussi possible de glisser ses observations dans une urne prévue à cet effet à l'hôtel de communauté, qui jouxte la galerie Coat-ar-Guéven. Il est enfin à noter que les commissaires enquêteurs seront en mairie de Guipavas et de Gouesnou de 9h à 12h, puis en mairie centrale de Brest et à l'hôtel de communauté de 14h à 17h. A la suite de quoi, les registres seront épluchés et l'avis rendu sous six mois. A la suite de quoi, le préfet disposera aussi d'un temps pour arrêter la déclaration d'utilité publique. Il le prendra d'autant que la commission d'enquête pourrait émettre certaines réserves sur le projet de BMO. La collectivité devrait alors, en toute logique, faire le nécessaire pour les lever.

2012, en principe
Tout ceci n'empêchera pas les premiers coups de pioche de juin, «mais simplement pour des travaux préparatoires, prévus hors déclaration d'utilité publique», fait-on savoir. Pour le reste, les rails et tout le toutim, il faudrait attendre la fin de l'année, selon la communication officielle. Si la procédure est bouclée: sans le blanc-seing de la préfecture, point de salut et point de pelleteuses. En revanche, dès que cette déclaration sera validée, les travaux commenceront et devraient être terminés en 2012. Mais il ne faut jamais injurier le temps, dit-on.

Une riveraine : «Le coût est déraisonnable»

Les observations de Mme Eliane Séité, résidante du quartier de Kerbonne, sont déposées depuis hier matin. A la mairie des Quatre-Moulins, 40 autres Brestois ont fait de même. 150 en centre-ville, et des dizaines encore ailleurs. Cette dame est une opposante de longue date au projet. «Je croyais que tout était bouclé, j'étais simplement venue donner mon avis. Je suis hostile au tram parce que son coût me semble déraisonnable, avec apparemment des subventions maigrelettes. Je crains que les entreprises de la région brestoise ne doivent supporter la majorité de l'investissement financier». Satisfaite du réseau de bus, Eliane Séité considère que l'urgence était de «l'améliorer. Et puis je me pose une question: en cas de manifestation, il est toujours possible de dérouter les bus, alors que le tram, cela me semble impossible».

Si le trolley a disparu...
Dans cette ligne de conduite, elle renchérit en expliquant que les embellissements extérieurs promis lors des travaux auraient très bien pu se faire autrement. «Si le trolleybus a disparu à Brest, c'est parce qu'il y avait des inconvénients. Je ne vois pas pourquoi on recommence». C'est tout ceci qu'elle a écrit sur les registres officiels au milieu d'avis moins négatifs et d'autres qui le sont tout autant.

Steven Le Roy
Le Télégramme - Brest - 17/04/2009

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