Électricité. Quelles énergies pour la Bretagne ?

Les quinze grands élus territoriaux de Bretagne (*) auditionneront demain le directeur du Réseau de transport d'électricité (RTE), Dominique Maillard. À l'ordre du jour: la question de l'alimentation électrique de la région.

Cet hiver, comme l'hiver dernier, les Bretons ont frôlé les délestages. Avec les pointes de consommation des grands froids, le réseau électrique atteint ses limites. La solution préconisée par RTE, une centrale thermique de rééquilibrage du réseau, à l'ouest de la région, a donné lieu à un projet briochin qui vient de capoter sur décision du ministre Borloo. Que faire maintenant pour sécuriser l'alimentation? Jean-Yves Le Drian, qui était hostile au projet tel qu'il était ficelé, accepterait une centrale technique de pointe sous deux conditions : que l'opérateur de cette installation polluante accompagne le projet d'un dispositif de maîtrise de la consommation énergétique, et d'un programme de développement des énergies renouvelables. Une position médiane qui ne plaît pas à tout le monde. Au nom de la lutte contre le réchauffement, deux associations contestent la proposition du président de Région et ont adressé un courrier aux élus du B15. C'est bien leur seul point commun : sur les éoliennes comme sur le nucléaire, elles divergent totalement.

Inutiles éoliennes...

L'Association pour la protection des sites des Abers est hostile à la multiplication des éoliennes. «Pendant cette période de froid, coïncidant avec une situation anticyclonique sans vent, nous avons pu observer sur le terrain que les éoliennes tournaient au ralenti ou pas du tout», écrit le vice-président, Jean-Pierre Le Gorgeu. Début janvier, la production éolienne de l'Ouest «est tombée en dessous de 10% de la puissance installée, et même jusqu'à 5%», poursuit-il. Conclusion : les grands moulins tournent quand on n'en a pas besoin, mais s'arrêtent quand leur production devient nécessaire. Des équipements inutiles, mais aussi «ruineux pour les consommateurs», destructeurs de paysages et nuisibles à la qualité de vie des voisins, ajoute l'Apsa. Pour Jean-Pierre Le Gorgeu, également administrateur de l'association «Sauvons le climat», la solution réside dans la combinaison du nucléaire, renforcé en pointe par le thermique et de l'hydraulique.

Du vent pour l'hydraulique

Le Collectif urgence réchauffement climatique ne veut pas de centrale thermique. Il se félicite que Jean-Louis Borloo ait tordu le cou au projet de Ploufragan, et se dit très déçu par le choix de Jean-Yves Le Drian. Pour le collectif, c'est d'abord de la baisse de consommation que viendra le salut. Pour y parvenir, il ne compte pas sur le civisme des consommateurs. Il croit plutôt à «la carotte financière» des tarifs modulés, et regrette qu'EDF les ait abandonnés. Autre solution : offrir trois ampoules basse consommation à tous les foyers bretons. «Cela économiserait 400MW, bien plus que la puissance de la centrale thermique», remarque Josselin Thoraval (Réseau Cohérence). «Et le coût serait de 5,4 millions, au lieu de 180 millions!». Quant aux pointes, le collectif suggère d'utiliser l'énergie des éoliennes pour pomper l'eau du lac de Guerlédan vers les réserves collinaires en amont, et stocker ainsi une réserve qui assurera l'alimentation de la centrale hydraulique EDF en cas de besoin.

* La conférence territoriale «B15» réunit le président de Région, les quatre présidents de Département et les dix présidents des grandes agglomérations.

Alain Le Bloas
Le
Télégramme - Bretagne - 18/02/2009

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