"Thalassa" en Côtes-d'Armor. Une caricature bénéfique ?

«Drame pour le tourisme» ou «émission bénéfique»? La retransmission de Thalassa du vendredi 10 avril suscite la controverse chez les Costarmoricains.

«Un parti-pris polémique... Pas de souci d'équilibre...», Yvon Bonnot, maire de Perros-Guirec et ancien président du Comité régional du tourisme, se montre très critique vis-à-vis de la forme de l'émission de Georges Pernoud.

«Caricatural»
«Monter un scénario avec un homme équipé d'un masque à gaz - mais pas son chien qui patauge dans les algues vertes alors que l'on vient de parler des risques encourus - c'est un peu léger. S'agissant d'une chaîne publique, il faudra peut-être que quelqu'un saisisse le gouvernement à ce sujet», estime Yvon Bonnot. François Bouriot, maire de Trélévern, qui estime que sa commune touristique littorale a été «sinistrée par France 3», dénonce, lui aussi, «le côté caricatural, exclusivement négatif...» de l'émission. Sur le fond, s'il admet qu'il y a eu un dépôt de pétrole (du Torrey Canyon) non loin du camping, «ce que personne n'a jamais nié», François Bourriot explique que cette fosse servait de tampon pour stocker ce qui était ramassé sur la plage: «Selon tous les témoins que j'ai interrogés, elle a été entièrement vidée et le pétrole évacué vers son lieu de traitement à Brest».

 

«À l'honneur du service public»
«Certes, la somme des pollutions dénoncées était impressionnante et a choqué un certain nombre de téléspectateurs costarmoricains. Il est vrai que la vision négative des coulisses de notre littoral n'était pas rééquilibrée par des aspects plus positifs, indéniables au demeurant», déclare Thierry Dereux, président de la Fédération Nature Environnement des Côtes-d'Armor. Mais il estime aussi qu'il est grandement temps de ne plus se cacher la tête dans le sable et qu'il est «tout à fait à l'honneur d'une émission de service public d'accélérer la prise de conscience afin que des mesures efficaces soient enfin prises». Tout en comprenant qu'il est bien compréhensible que cette émission provoque la colère de ceux qui vivent du tourisme, André Pochon, président de Vivarmor Nature, considère, lui aussi que rien n'est pire que la politique de l'autruche et que ce genre d'émission, «en nous réveillant», est bénéfique: «Les algues sont là chaque année, plus nombreuses... et leur décomposition tue... Par ailleurs, Bruxelles menace de fermer l'activité conchylicole, la pêche et la baignade en baie de Saint-Brieuc pour pollution bactériologique. L'économie maritime et touristique de notre région s'effondrerait».

Jolies cartes postales ?
Quant à la Fédération des associations de protection de l'environnement et du littoral 22, elle se demande pourquoi une émission de télévision n'aurait pour objectif que de plaire au plus grand nombre: «Faut-il décerveler le spectateur en lui montrant de jolies cartes postales?... Ce qui a été montré est l'oeuvre de l'homme. Thalassa n'a rien inventé, n'a pas manipulé les images...». Tout le débat est là.


«Revenez nous voir»...

«Revenez nous voir», écrit le maire de Trélévern à Georges Pernoud: «Vous avez oublié de montrer le vent incessant, les tempêtes, les hurlements de cornes de brume qui empêchent de dormir, le ciel bas et lourd, l'iode en quantité supérieure au reste de la France (ça doit bien être dangereux aussi), le froid humide et paralysant, l'odeur du lisier et du cochon...

En ce qui concerne les Bretons, vous avez oublié de parler du taux de suicide élevé, de l'alcoolisme, de l'abrutissement des Bretons à parler une langue que vous ne comprenez pas. Vous pourriez aussi ajouter la misère morale et financière de certaines familles. Il serait bon, aussi, de parler de la violence dans les bars, des accidents de voiture, des trafics de drogue et de démontrer, tant que vous y êtes, notre culpabilité collective dans l'assassinat de l'archiduc d'Autriche... Monsieur Pernoud, je vous invite à Trélévern à venir déguster nos spécialités locales : salades d'algues vertes, coquilles Saint-Jacques du braconnier, pudding breton aux ordures ménagères, le tout arrosé d'un verre de pétrole brut».

Hervé Queillé
Le Télégramme - Côtes-d'Armor - 21/04/2009

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