Jeanne-d'Arc. L'océanisation fait son chemin

Et si on coulait la vieille Jeanne? L'idée paraît décalée alors qu'on se démène pour traiter proprement le Clemenceau et que certains réclament à cor et à cris sa transformation en musée flottant. Et pourtant...

Le Jeanne en musée? La Marine semble avoir balayé l'idée depuis pas mal de temps, sachant combien l'entretien d'un navire de cet âge et de cette taille est aussi onéreux que compliqué. Qui pour s'en occuper, qui pour la gérer, dans quel port et pour combien de temps? L'exemple malheureux du Colbert, jugé indésirable par la ville de Bordeaux et aujourd'hui stationné dans le cimetière marin de Landévennec, montre que la gestion de ces navires-musées est difficile à maintenir sur la durée. Au bout de quelques années, la question de sa déconstruction se poserait de toute façon. La solution de la déconstruction, on le voit depuis plus de dix ans avec le Clemenceau, n'est pas simple à mener à son terme. Bien que partiellement désamianté, le navire contient encore des tonnes de produits pollués, jusqu'au fin fond de ses entrailles. Est-ce surtout satisfaisant de voir le navire patienter plusieurs années dans une rade-abri avant d'être démantelé? La base navale de Brest en a-t-elle la place et, surtout, l'envie? Et si la solution de l'océanisation venait tout simplifier... La communauté scientifique n'y semble globalement plus opposée. L'amiante, une fois immergé, ne présenterait pas de risque identifié. On trouverait là une manière de se débarrasser d'une coque à moindre coût, tout en réalisant un joli coup médiatique. Le député Gilbert Le Bris défend l'idée de ces récifs artificiels, «futurs hauts lieux touristiques en Bretagne, refuges à poissons et spectaculaires spots de plongée». Les amoureux du porte-hélicoptères ne le verraient pas disparaître broyé et découpé par les engins de chantier et assisteraient même à une bien émouvante cérémonie d'immersion par 30 ou 40m de fond. Même si la plupart des anciens marins de la Jeanne auraient du mal à voir le navire de leur jeunesse partir par le fond...
 

La Jeanne-d'Arc, pour l'un de ses derniers carénages, en cale sèche à Brest. (Photo DR)

Apparemment plus simple
Au vu de la difficulté et du coût de traitement d'un navire truffé d'amiante, on imagine que l'immersion faciliterait grandement la tâche des nombreux services de l'État mobilisés dans le traitement des vieux navires. Mais pas sûr, toutefois, que la préparation et la gestion du dossier (une fois immergé) soient plus évidentes. La dépollution du navire devra être rigoureusement effectuée, le choix du lieu d'immersion mûrement réfléchi et accepté par les différents usagers et protagonistes du secteur. En cas d'océanisation dans une faible profondeur, la gestion et la surveillance du spot sera également un dossier à suivre de très près. En bref, l'océanisation n'est pas non plus l'option la plus simple à
mener à son terme. Mais elle pourrait tomber à point nommé pour une Jeanne que l'on dit aussi enquiquinante à dépolluer que l'ex-Clem'.

Stéphane Jézéquel
Le Télégramme
- Brest - 22/01/2009

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