Roscoff. Le port de plaisance en rade ?

Le projet du port de plaisance de Roscoff risque de traîner en longueur ou de ne pas voir le jour, si l'on en croit Bretagne Vivante - SEPNB qui estime que l'étude d'impact du chantier est «insuffisante».

Les travaux du futur port de plaisance de Roscoff (600 places) devaient démarrer en fin d'année, pour une ouverture prévue en 2012. Dans le cadre de ce chantier de 41 millions d'euros, une enquête publique est actuellement en cours. En mairie de Roscoff, chacun peut ainsi prendre connaissance du dossier et formuler d'éventuelles observations. À la fin de l'enquête, le 29 mai, le commissaire enquêteur dressera un bilan de la procédure et transmettra ses conclusions au préfet du Finistère qui donnera, ou pas, son feu vert au projet. Hier matin, à la mairie de Roscoff, les membres de Bretagne Vivante - SEPNB (*) ont déposé une série d'observations auprès du commissaire. Les défenseurs de l'environnement estiment que «le dossier d'étude d'impact est particulièrement insuffisant». Pour l'association, «le creusement du bassin va nécessiter l'extraction de près de 10.000m³ de sables graveleux et de 70.000m³ de roches. Lors de ces travaux, la remise en suspension va générer un panache de turbidité, dont la trajectoire n'est pas envisagée».

 

Si le projet aboutit, le futur port de plaisance de Roscoff devrait offrir 600 places. Document DR

«Les effets sur les milieux pas évalués»
Toujours selon Bretagne Vivante, «la turbidité et les effets des déroctages sur les milieux ne sont pas évalués. Or, ils concernent, par exemple, un banc de maërl important de la zone Natura 2000». Les responsables craignent également pour la survie d'algues, dont certaines «représentent une importante zone de nourrissage pour des juvéniles d'araignées de mer». Chargé du dossier, le bureau d'études a proposé de compenser la destruction des taches d'herbiers par «une transplantation préalable des couches d'herbiers vers d'autres zones». «Mais, note la SEPNB, aucune tentative de restauration d'herbiers n'a été réalisée, à ce jour, à l'échelle mondiale». Difficile, alors, de savoir si une telle transplantation est fiable. L'association se demande aussi si «les modifications de la sédimentation ne vont pas affecter la nature des milieux littoraux, les zones d'alimentation des oiseaux hivernants, les zones ostréicoles, le banc d'huîtres plates de la Penzé...».

«Manque de sérieux de l'étude»
L'association déplore «le manque de sérieux» de l'étude d'impact» qui aborde longuement le cas d'oiseaux, tels que le cave à bec rouge et l'océanite tempête, «alors que ces deux espèces n'ont jamais niché dans la zone». Déjà, en 2006, Bretagne Vivante avait alerté Jacques Feunteuna, président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Morlaix, chargé du dossier du port de Roscoff. Hier, nous avons tenté de joindre Jacques Feunteuna qui n'a pas donné suite à notre appel. Quant aux responsables du cabinet Invivo, chargé de l'étude, ils n'étaient pas joignables hier.

Devant le tribunal administratif ?
Secrétaire général de Bretagne Vivante - SEPNB, François de Beaulieu demande au commissaire enquêteur de rendre un avis défavorable. Si ce n'est pas le cas et si le préfet donne ensuite son feu vert, l'association prévoit de porter l'affaire devant le tribunal administratif. Avec un dossier d'étude d'impact en l'état, les membres de Bretagne vivante sont clairs : le projet de port de plaisance de Roscoff pourrait bel et bien tomber à l'eau.

* Société pour l'étude et la protection de la nature.


Jacques Chanteau
Le Télégramme - Finistère - 23/05/2009

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