Général de la Bollardière. Une place pour un hommage

Une place brestoise vient de recevoir le nom dugénéral Pâris de la Bollardière, seul militaire à s'être opposé à la torture en Algérie avant de militer pour la non-violence.

L'attente a été longue. Voilà dix ans que Marif Loussouarn, lorsqu'elle était adjointe au maire, réclamait au conseil municipal qu'un hommage soit rendu au général Jacques Pâris de la Bollardière (1907-1986). La militante verte avait le sourire, samedi matin, lors du dévoilement de la plaque sur la petite place située devant le lycée de L'Harteloire, tout comme les représentants de l'Université européenne de la paix, du PC, de l'UDB, des Verts de France-Algérie et de l'Association républicaine des anciens combattants (Arac).

«Parler à son ennemi»
Tous ont porté le projet qui a eu du mal à aboutir dans une ville dont le sort est lié aux activités militaires. La cérémonie s'est déroulée en présence de sa veuve, Simone de la Bollardière, âgée de 86 ans, qui a évoqué, avec énergie et chaleur, les convictions de son époux qui sont toujours les siennes: «Il faut parler à son ennemi et essayer de trouver un chemin pour régler les conflits». Toujours installée à Guidel, elle a rappelé l'attachement profond que son mari, né en Loire-Atlantique, portait à la Bretagne. Sa fille, Armelle Bothorel, a évoqué les combats de son père. Combattant exemplaire durant la Seconde Guerre mondiale, le général avait déjà marqué sa différence en rejoignant Londres dès juin 1940, en participant à tous les combats des Forces françaises libres en Afrique et au Moyen-Orient avant de prendre le commandement du maquis des Ardennes en 1944. À la fin de la guerre, il est l'un des Français les plus décorés de la France libre, grand officier de la Légion d'honneur, Compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguish Service Order...

Un Français libre interné en forteresse
«Il était un Français libre, décidé à rester libre. Il voulait libérer le peuple indochinois de l'emprise du conquérant japonais, mais la réalité fut tout autre». Puis vient la guerre d'Algérie, après avoir tenté d'alerter ses supérieurs, il demande à être relevé de son commandement et rompt le silence pour dénoncer la torture. Cela lui vaudra 60 jours de forteresse pour «atteinte à l'honneur des hommes qu'il avait eu sous ses ordres». Le putsch militaire d'Alger le détermine à quitter l'armée. Il devient alors militant de la non-violence. Nulle contradiction dans cet engagement, mais une continuité. «J'ai voulu être militaire pour défendre certaines valeurs : la liberté, la justice, la dignité de l'homme. Cet objectif est toujours le mien, seulement j'ai changé de stratégie». Ainsi il milite contre les essais de Mururoa, contre le camp du Larzac, contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff et participe à l'aventure d'«Eau et rivières» de Bretagne.

Catherine Le Guen
Le Télégramme - Brest - 24/03/2009

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