Sciences. Débat autour de «la réalité des OGM»

Spécialiste des hybridations entre espèces, Anne-Marie Chèvre, directeur de recherches à l'Inra, animera vendredi, une conférence sur les OGM.

Quelle est la nature de vos recherches sur les OGM ?
Chercheur à l'Inra au sein de l'unité de recherche «Amélioration des plantes et biotechnologie végétale», je travaille, depuis 1988, sur l'évaluation des échanges de gènes entre le colza et ses espèces voisines apparentées. Les principaux OGM développés chez le colza présentent un gène qui confère la résistance à un herbicide. Il est donc important de savoir si les mauvaises herbes, que l'on cherche à détruire par traitement avec un herbicide, peuvent devenir à leur tour résistantes. Elles pourraient intégrer le gène présent dans le colza via des croisements spontanés dans la nature.

En croisant les espèces, ne craignez-vous pas les risques de dissémination de gènes dans l'environnement ?
Jusqu'à ce que la question des OGM soit posée, aucune évaluation n'a été faite des risques de dissémination de gènes entre espèces cultivées et sauvages. Il est bien évident que ces échanges, s'ils sont possibles, n'ont pas attendu les OGM pour se produire. Il y a donc deux stratégies pour les évaluer: soit rechercher les gènes des espèces cultivées dans les populations naturelles, soit reproduire tout le processus en croisant les espèces et en étudiant les descendances des hybrides.

 

«Aucune évaluation n'a été faite des risques de dissémination de gènes entre espèces cultivées et sauvages»

La France ne menace-t-elle pas sa recherche en se coupant des OGM?
Nous ne nous coupons pas des OGM en matière de recherche; en effet, la transgénèse (introduction d'un gène sans reproduction sexuée) est un outil de recherche indispensable en recherche et elle est utilisée dans tous les laboratoires en milieu confiné pour progresser dans la connaissance des gènes et de leurs fonctions. En revanche, pour le développement commercial de variétés OGM, l'Europe prend effectivement du retard, d'autant plus qu'il faut compter plus de dix ans entre l'obtention d'un OGM et sa mise sur le marché. Ce choix est politique et sociétal.

Pourquoi les scientifiques sont-ils aussi divisés sur la question des OGM ?
L'analyse des OGM fait appel à un ensemble de disciplines scientifiques: biologie moléculaire, génétique, agronomie, écologie, sciences de l'alimentation, économie, sociologie... Une réponse synthétique prenant en compte toutes les composantes est difficile. Par ailleurs, les OGM sont en eux-mêmes une bonne opportunité pour aborder trois grandes questions qui interpellent le monde de la recherche mais également l'ensemble de la société: l'avenir et le contrôle du marché de l'alimentation, la sécurité alimentaire, l'utilisation par la société de techniques (biologie, informatique...) de plus en plus puissantes.

Quand des études sur les OGM sont réalisées par des laboratoires, choisis et financés par des firmes semencières, les considérez-vous comme indépendantes ?
Comme pour le développement de médicaments, les essais sont effectivement conduits par les firmes qui souhaitent une commercialisation de leurs produits. Ces résultats doivent être rendus publics et l'expertise de ces données, ainsi que les conclusions qui en sont tirées, doivent être transparentes.

Les OGM sont-ils, selon vous, une solution aux crises alimentaires mondiales?
Je pense qu'il n'existe pas une solution unique et que ce problème est beaucoup plus complexe que le recours à une simple technique.

Conférence «Les OGM: quelle réalité ? Quelles perspectives ? Quelles questions ?». Vendredi, 20h, au Parc des expositions de Langolvas. Entrée libre.

Le Télégramme - Morlaix - 25/02/2009

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