Ex-Clemenceau. «Le chantier sera fini en janvier 2010»

L'ex-porte-avions Clemenceau va bientôt faire route jusqu'à Hartlepool, en Angleterre, sa dernière destination. Pour Peter Stephenson, patron de la société Able UK qui s'occupe du chantier, le navire sera totalement détruit dans un an, sauf nouvel écueil.

La saga de l'ex-Clemenceau semble proche du dénouement, après des années de péripéties. Quand l'attendez-vous à Hartlepool?
Tout est prêt mais nous avons besoin de quatre jours consécutifs de beau temps. La mauvaise météo a retardé son départ. D'après nos prévisions, le navire pourrait partir au plus tôt la première semaine de février. En plus d'une bonne météo, il faut arriver à marée haute et en plein jour pour faciliter les manoeuvres mais nous n'avons pas besoin d'attendre les grandes marées prévues à partir du 9février. La profondeur du chenal de Seaton que le navire doit remonter sur environ un kilomètre est suffisante, et il vient d'être dragué par précaution.

A quelle échéance prévoyez-vous que l'ex-porte-avions aura totalement «disparu»?
Le Clemenceau va être installé dans notre cale sèche, la plus grande au monde, à côté de quatre anciens navires de la marine américaine. Il va falloir environ huit semaines pour construire le barrage fermant notre cale sèche de 10 hectares, car nous allons en profiter pour reconstruire les portes du bassin. Quatre jours seront nécessaires pour vider l'eau. Le démantèlement se fera en deux étapes: la dépollution, pendant laquelle nous allons retirer les 700 tonnes de matériaux contaminés à l'amiante et qui devrait durer cinq mois. Puis la démolition, qui peut commencer pendant la dépollution, qui devrait durer neuf mois. Le Clemenceau aura entièrement disparu en janvier2010, si aucun nouvel obstacle ne surgit. Les matériaux amiantés seront ensevelis dans une décharge située près du chantier et la ferraille, environ 24.000 tonnes, devrait être achetée par l'usine Corus (aciériste anglo-néerlandais, filiale de l'Indien Tata Steel) de l'autre côté de la rivière.

Une association locale, les Amis d'Hartlepool, s'oppose à la venue de navires contenant de l'amiante. Qu'en pensez-vous?
Depuis 1985, nous démantelons des plateformes pétrolières et gazières qui contiennent le même genre de déchets contaminés que ces navires. Nous l'avons fait sans la moindre plainte de quiconque pendant toutes ces années. Toutes les autorités s'accordent à dire que c'est la meilleure solution environnementale. Meilleure en tout cas que d'échouer les navires sur une plage d'Inde ou du Bangladesh, avec des conditions de travail épouvantables.

Able UK, l'un des plus gros chantiers de recyclage

Able UK, entreprise qui doit démanteler l'ex-porte-avions français Clemenceau, dispose de la plus vaste cale sèche au monde, ce qui en fait l'un des plus gros chantiers de recyclage d'infrastructures maritimes de la planète. Le chantier naval, situé sur le chenal de Seaton à l'embouchure de la rivière Tees, peut accueillir dans sa cale sèche de dix hectares des navires d'une longueur maximale de 366 mètres, ou encore quinze navires de 200mètres par 24 en même temps. La société Able UK, dont le siège est situé à quelques kilomètres dans la ville de Billingham, a racheté en 1996 le chantier naval Graythorp -créé en 1913- qu'elle a rebaptisé Teeside Environmental Reclamation and Recycling Centre (TERRC - centre de récupération et de recyclage environnemental de Teeside). Jusqu'à présent, son activité a surtout consisté à démanteler quelque 200 plateformes pétrolières et gazières, et de petits bateaux.

Des précédents avec les écologistes
Elle avait remporté en 2003 le contrat de démantèlement d'une flottille de plus de dix navires de la marine américaine. Après une vague de protestations d'écologistes, seuls quatre «bateaux-poubelle» contenant des matériaux toxiques avaient fait le voyage. Les travaux de dépollution de ces navires ont débuté mi-2008, après l'échec des divers recours déposés par les écologistes. En obtenant le démantèlement de l'ex-porte-avions français Le Clemenceau en juillet2008, la société s'est de nouveau heurtée à l'ire de l'organisation écologiste locale Friends of Hartlepool qui a tenté en vain, jusqu'à présent, d'empêcher la venue du navire.

Le Télégramme - Monde - 26/01/2009

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