Pollution. Un cargo libérien prend la fuite

Surpris hier avec une large trace de pollution dans son sillage, au large d'Ouessant, un cargo libérien a préféré poursuivre sa route. Le parquet demandait son immobilisation au port de Brest.

C'est un avion des douanes qui a repéré la trace, hier, vers 10h30. En survolant le rail d'Ouessant, dans le sens descendant, il a vu dans le sillage du Matterhorn, cargo réfrigéré de 115m de long, une nappe suspecte de pollution aux hydrocarbures longue de 22km et large de 200m. Le bateau circule alors à environ 80km des côtes françaises, dans la zone économique exclusive (ZEE). Le navire, battant pavillon libérien, mais armé en Grèce par la compagnie East Wind Hellas avec, à bord, un équipage et un capitaine russe, navigue à vide. Il effectue la route maritime reliant les ports de Kaliningrad en Russie, à celui de Las Palmas, aux Canaries. Diverses photos de la nappe suspecte sont prises par l'avion des douanes, puis transmises au parquet de Brest qui ordonne alors le déroutement du cargo.

Refus de se dérouter
Dans l'après-midi, un avion des douanes décolle pour notifier au commandant du Matterhorn son obligation de se dérouter vers le port de Brest, afin d'y être immobilisé en attendant de connaître le montant de la caution à régler. Mais le bateau n'en fait rien et poursuit sa route, se dirigeant vers le golfe de Gascogne. Un second avion décolle mais sa demande n'est pas davantage suivie par le capitaine. À 19h30, le Matterhorn semblait bien décidé à ne pas respecter les injonctions des autorités françaises. À 20h30, la Marine nationale décidait d'envoyer la frégate La Motte-Picquet, basée à Brest, alors en mission en mer, pour tenter d'intercepter le cargo qui poursuivait toujours sa route vers les Canaries. Le bateau pollueur devait être rejoint vers minuit par la frégate qui allait lui renouveler l'ordre de se dérouter sur Brest. Mais si le cargo continuait son chemin, il n'était pas prévu d'utiliser des moyens plus coercitifs. Pareil cas avait été observé en 2005, lors du procès du vraquier grec Captain Diamentis, qui avait aussi refusé de se dérouter. L'armateur avait alors écopé non seulement de 200.000 d'amende pour la pollution volontaire mais également de 100.000 supplémentaires pour avoir refusé de se dérouter. Une jurisprudence que n'avait peut-être pas à l'esprit, le Matterhorn, hier...


Steven Le Roy
Le Télégramme - Finistère - 26/05/2009

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