Eau. Ces m³ qui disparaissent

Les réseaux d'eau potable de la région, aménagés il y a une cinquantaine d'années, présentent bien des faiblesses. Dans certains secteurs, la moitié de l'eau produite s'écoule dans le sol.

Posés dans les années cinquante et soixante, beaucoup de réseaux d'eau potable présentent des signes inquiétants de faiblesse. «De bonnes canalisations, c'est moins de 20% de perte», annonce un technicien. Dans certains secteurs, on a allègrement dépassé cette limite: car un mètre cube sur deux se perd dans le sol.
Le cas de Locquénolé, près de Morlaix, est symptomatique. «Notre réseau est à bout de souffle», annonce d'emblée Guy Pouliquen, le maire Il y a encore quelques semaines, 52% de l'eau qui devait être acheminée chez les abonnés se perdait en chemin.
Les canalisations qui desservent les 310 maisons de la commune ont été posées, pour la plupart, en 1959. Elles sont en Eternit, une matière qui, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, n'est pas éternelle. «Ce matériau est poreux et friable, précise Guy Pouliquen. En plusieurs endroits, il a cédé». Des fissures qui ont eu de lourdes incidences sur les finances de la petite commune qui fonctionne en régie municipale. Pour la première fois, les élus ont dû puiser dans les finances globales pour équilibrer le budget eau. Et une campagne de remplacement des vieilles canalisations a été confiée à la Lyonnaise des Eaux.
 

Les réseaux d'eau potable, avec le temps, sont de plus en plus perméables. Certaines communes ont engagé des travaux d'envergure afin de limiter ces pertes. Photo archives Claude Prigent

De grosses anomalies
Les techniciens ont décelé de grosses anomalies qui, rectifiées, ont permis de passer de 140 m³ à 100 m³ en consommation journalière.
«Dans un secteur de la commune, la déperdition était énorme dans un bois. Cette canalisation ne desservait plus aucune habitation», précise David Le Scanf, le technicien qui supervise les opérations. À présent, les pertes sont évaluées à 27%.

Des communes achètent des détecteurs
Ces travaux coûtent très cher à la petite collectivité qui, il y a encore quelques mois, pouvait prétendre à des subventions importantes. Malheureusement, cette source financière s'est tarie. «Dans notre malheur, nous avons de la chance. Nous profitons d'un programme de travaux sur notre réseau d'assainissement. On y adjoint les tuyaux d'eau potable. Dans quatre ou cinq ans, tout cela sera fini».
À L'Hôpital-Camfrout, aussi, le réseau d'eau, en PVC collé et en fonte, posé dans les années soixante, est générateur d'angoisse pour les élus. Il y a peu de temps, les pertes étaient estimées à 40%. «Nous avons engagé avec la DDEA (*) un diagnostic sur nos 39 km de réseau», souligne Robert André, le premier adjoint. En parallèle, la collectivité a investi avec trois autres communes dans l'achat d'un appareil de détection des fuites (4.000).
Ces interventions devraient être plus nombreuses dans les mois à venir. Car, outre le vieillissement des canalisations, le gel de l'hiver dernier a considérablement fragilisé les réseaux.

* Direction départementale de l'équipement et de l'agriculture.

Des particuliers touchés également

En janvier dernier, le tribunal de Quimper a condamné Veolia à la suite de fuites d'eau chez des particuliers.
A Quimper, l'affaire des fuites du Braden a fait couler beaucoup d'encre dans nos colonnes. En 2004, le groupe Veolia fait poser de nouveaux compteurs dotés de clapets anti-retour, chez des abonnés. Après cette opération technique, près de 130 personnes ont été victimes de fuites plus ou moins importantes dues à des phénomènes de surpression. Les canalisations éclatant sous des dalles, dans les jardins. Certains compteurs affichaient des consommations de 4.000 m³ !
Très vite, une association s'est constituée, épaulée par la CLCV.
Dans un premier temps, Veolia a refusé de gérer le problème à l'amiable. L'association des habitants du Braden, particulièrement pugnace, a donc porté l'affaire en justice, faisant intervenir des experts.
Il y a six mois, elle obtenait gain de cause au tribunal d'instance de Quimper. Veolia était condamné pour avoir «manqué à son devoir d'information et de conseil auprès des abonnés». Ces derniers n'ayant pas été prévenus des risques encourus par la pose des clapets anti-retour. Le groupe a proposé de dédommager toutes les victimes des principaux préjudices : dégâts des eaux, surconsommation...
A présent, Me Gouze, qui a plaidé pour les habitants du Braden, travaille sur une autre affaire concernant la commune de Lattes, près de Montpellier. Des fuites assez nombreuses et importantes se déclarent depuis que le port de plaisance a été connecté au réseau d'eau potable. Le jugement de Quimper pourrait bien humecter par capillarité judiciaire ce nouveau dossier.

Didier Déniel
Le Télégramme - Bretagne - 29/06/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil