Greenpeace à Brest contre le nucléaire
L'Arctic Sunrise participera à une manifestation autour de l'Ile-Longue

Le 15 mai, la « flottille rade de Brest pour une mer propre » organise un rassemblement autour de l'Ile-Longue. Ces marins entendent notamment dénoncer la relance des programmes nucléaires militaires en contradiction avec le Traité de non-prolifération signé par la France. Ils auront un invité de poids : le navire polaire de Greenpeace Arctic Sunrise.

L'Arctic Sunrise est attendu à Brest du 13 au 15 mai. Des portes ouvertes y seront organisées sur le thème du nucléaire.

Avec, selon Greenpeace, "près de 290 têtes nucléaires (près de 2 000 fois la puissance de la bombe atomique lâchée sur Hiroshima", l'Ile-Longue, sur la rive sud de la rade de Brest, héberge l'essentiel de la force de frappe nucléaire française. Un arsenal en pleine rénovation puisque depuis quelques mois un énorme chantier est ouvert sur la colline de Guenvenez, à proximité de la base de sous-marins, dans le but de pouvoir y stocker les missiles de nouvelle génération M51. Un chantier évalué 360 millions d'euros.

C'est en partie pour dénoncer cela que sept plaisanciers de la rade comptent embarquer dans leur sillage une centaine de bateaux dimanche 15 mai autour de l'Ile-Longue, lors d'une "manifestation pacifique". D'une manière plus générale, Pierre Le Guen, l'un des meneurs, insiste sur "l'absence de débat autour du choix stratégique militaire nucléaire" et "le manque d'information".

La commission d'information qui a réuni l'an dernier militaires, élus, représentants du gouvernement et d'associations, ne change visiblement pas grand-chose à ce sentiment. "L'objectif numéro 1 des autorités a toujours été de banaliser la présence du nucléaire", ajoute Christian Bucher, du réseau Sortir du Nucléaire. "Après trente ans de présence, des plaquettes ont enfin été distribuées. Mais il n'y a toujours aucun exercice de mise en sécurité de la population". Selon la Flottille, "l'Ile Longue, avec ses missiles et ses effluents, constitue un risque majeur pour la santé publique du personnel y travaillant et des habitants de la région, l'environnement et la paix dans le monde".

Non respect du traité

Greenpeace, qui s'annonce très visible dans ce rassemblement, avec l'Arctic Sunrise, un navire polaire rouge pétant de 50 mètres, profite de l'événement pour dénoncer de manière plus générale "la complicité des grandes puissances dans la prolifération nucléaire". Ainsi, selon Yannick Jadot, directeur des campagnes Greenpeace France, "si des pays développent l'arme atomique, comme l'Iran ou la Corée du Nord, c'est parce qu'on leur donne les moyens de l'avoir". Il met en avant "l'hypocrisie" de la France faisant toujours le commerce de son savoir-faire "sous couvert de nucléaire civil". Greenpeace entend aussi rappeler aux cinq puissants en la matière (France, États-Unis, Grande Bretagne, Russie et Chine) leurs engagements depuis la signature du traité de non prolifération des armes nucléaires signé en 1968.

Selon l'organisation écologiste, "la France est la première à ne pas respecter ses engagements. Malgré ses obligations internationales, elle continue de participer à la prolifération en modernisant ses équipements nucléaires militaires. Elle met en service de nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins et finance des programmes de recherche visant au développement de nouvelles armes susceptibles d'être utilisées sur les champs de bataille ! Voilà une étrange manière d'honorer sa signature, et plus grave, de contribuer à la paix dans le monde."

Greenpeace a une dent contre la France, depuis qu'en 1985 ses commandos ont coulé le Rainbow Warrior, navire engagé dans une campagne contre les essais nucléaires dans le Pacifique. Au gouvernement qui met en avant le besoin de s'armer contre les états voyous, Yannick Jadot répond que "c'est notre propre arme atomique qui pousse d'autres à l'avoir". Un cercle vicieux. Greenpeace fait sienne la déclaration du maire d'Hiroshima devant l'ONU en 2003 : "Nous refusons de coopérer à notre propre éradication".

Sébastien PANOU
Ouest-France - 05-05-2005

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