Le démantèlement de Brennilis jugé illégal

Le Conseil d'État a annulé l'autorisation de terminer la démolition de la centrale nucléaire finistérienne. Le public n'a pas été assez informé.

La plus haute juridiction administrative a, hier, donné raison aux militants du « Réseau sortir du nucléaire ». Les magistrats du Conseil d'État ont annulé le décret pris par le gouvernement, le 9 février 2006, autorisant le démantèlement complet de la centrale électrique des Monts d'Arrée. Ce décret devait permettre de s'attaquer au bâtiment du réacteur, partie la plus radioactive de la centrale arrêtée en 1985, et seul bâtiment encore debout. Le décret précédent, datant de 1996, autorisant un démantèlement partiel, avait permis la démolition d'autres bâtiments. Lancé en 1999, le chantier est prévu pour durer jusqu'en 2018.

 

Les représentants de Sortir du Nucléaire, l'association qui a saisi le Conseil d'État, avec Agir pour l'Environnement et le Développement Durable, et Vivre dans les Monts d'Arrée, réclament l'arrêt immédiat du chantier.

«Un décalage dans le planning»

Les juges ont suivi les recommandations de Yann Aguila, le commissaire du gouvernement, qui est le magistrat chargé d'éclairer le Conseil d'État sur la solution de droit. Lors de l'audience, en mai, il avait rappelé que le ministre de l'Économie aurait dû, avant de prendre ce décret, «soumettre l'étude d'impact à la consultation du public». Pour Yann Aguila, il appartenait au gouvernement «de tout mettre en oeuvre» pour que les 700 000 habitants des 50 km alentours puissent consulter l'étude d'impact. Ce qui n'a pas été le cas. Pourtant, en 1999, un rapport faisait état «d'un fort risque d'exposition des intervenants aux radiations». Et posait le problème du stockage des déchets.

Contrairement aux allégations du ministre, la consultation de «l'observatoire» du démantèlement, rassemblant élus, syndicats, associations et État, «ne répond pas aux objectifs de la directive européenne» qui impose de consulter le public. D'autant moins que l'objet de cet «observatoire» était «d'informer ses membres sur l'avancement des travaux» et pas le public.

«Une grande victoire pour la démocratie», se réjouit Chantal Cuisnier, de Sortir du Nucléaire, qui exige «l'arrêt immédiat» du chantier. «Un état des lieux approfondi s'impose : évaluer les risques pour la santé du personnel, préciser l'impact sur l'environnement et avancer sur la gestion des déchets.» Une centaine de personnes travaillent sur ce chantier pilote. Son coût est désormais évalué à 482 millions d'euros, soit cinq fois plus que ce que prévoyait EDF initialement.

«EDF prend acte et s'y conformera strictement, commente Bertrand Dubuis, chef du site de Brennilis. L'annulation entraînera un décalage dans le planning, mais ne remet pas en cause le démantèlement. Nous allons représenter un dossier complet, dans la plus grande transparence, selon nos objectifs fondamentaux : préservation de l'emploi, sécurité, radioprotection et sauvegarde de l'environnement.»

Christophe BELLEUVRE et Frédérique GUIZIOU.

Ouest-France - 07-06-2007

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