Brennilis expérimente la transparence nucléaire

Pierre Maille, président du conseil général, reçoit, aujourd'hui à Quimper, les huit associations qui participeront à la CLI constituée autour de la centrale nucléaire de Brennilis.
Anciens membres de l'Observatoire du démantèlement, la structure chargée de suivre l'évolution du dossier de déconstruction de la centrale de Brennilis, Xavier Grémillet, président du Groupe mammalogique breton et Roger Abiven, président d'AE2D, Agir pour l'environnement et le développement durable, participent, bien sûr, à cette première réunion avec Pierre Maille. L'occasion de les interroger sur leurs attentes.

L'intérêt de cette Cli ?

Roger Abiven. On y a mis le temps ! EDF était déjà arrivé à la phase 3, l'ultime, le démantèlement du réacteur nucléaire. Au sein de cette Cli, on va développer notre propre réflexion et adopter une attitude interrogative à l'égard des exploitants de l'installation. Je reste convaincu que de nombreuses affirmations d'EDF restent à vérifier. Le gros avantage de cette Cli est qu'elle doit permettre de financer de nouvelles expertises sur l'état de l'environnement autour de la centrale. État des eaux, rejets dans l'Elez, on va demander que le travail initié par la Criirad, la commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, soit poursuivi. Et on veut l'organisation d'un débat public.

Quels sont les enjeux ?

Xavier Gremillet. La vérité, tout simplement. On est très loin du « retour à l'herbe » promis. Pendant l'Observatoire, on ne disposait que de la seule version officielle. Ce n'était ni sain, ni objectif, ni démocratique. De plus, le contexte était vraiment ardu. Quelle association, en effet, pouvait disposer d'un expert en nucléaire, compétent pour émettre un avis sérieux sur des études faites par des gens en même temps juges et parties ? Avec la Cli, on espère donc instaurer de nouvelles règles du jeu. Brennilis est un cas de figure unique, son démantèlement, premier du genre, préfigure les suivants. EDF veut démontrer que c'est un savoir-faire parfaitement maîtrisé. J'en doute. Et pourtant, des marchés de milliards d'euros ont déjà été passés sur cette base.

Croyez-vous à la transparence, en matière de nucléaire ?

Roger Abiven. En matière de nucléaire civil, la transparence n'est toujours pas réelle. Quand au nucléaire militaire, qui emploie pourtant les mêmes technologies, rien ne transparaît. Cette Cli impliquera également les élus qui sont restés, jusqu'à présent, déficitaires sur ce dossier. Ils ont été influencés par les retombées économiques de l'installation. Mais aujourd'hui, on ne peut plus se permettre de faire semblant.

Xavier Gremillet. La situation va être intéressante. On pourra ainsi juger du poids que peut avoir un département comme le Finistère face au lobby international nucléaire. En matière de nucléaire, c'est la fuite en avant qui a été privilégiée. J'espère que la Cli va donc poser les questions essentielles, qui ne concernent pas seulement Brennilis et méritent assurément un débat national. Comme la question fondamentale des déchets, qui ne trouvent toujours pas de solution acceptable.

Frédérique GUIZIOU.

Ouest-France -  07/10/2008

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