La Bretagne démunie face au soja brésilien OGM

Un cargo a déchargé 52 000 tonnes de soja transgénique à Brest. Le conseil régional avait pourtant signé un accord avec l'Etat brésilien exportateur.

Dimanche soir, le cargo Tonga s'est amarré au port de commerce de Brest pour y décharger 52 000 tonnes de soja. Toute la cargaison est considérée OGM (organismes génétiquement modifiés), car elle comporte plus de 0,9 % de soja transgénique. Or, ce bateau est en provenance du Parana, au Brésil. Un Etat qui s'était engagé à fournir du soja garanti non-OGM à la Bretagne, comme à onze autres régions d'Europe. En août 2004, une délégation, dont le président du conseil régional Jean-Yves Le Drian, avait fait le déplacement pour signer un "compromis de coopération" qui, avec l'arrivée du Tonga, vient de voler en éclats.

Selon les élus Verts du conseil régional, le Parana, deuxième Etat producteur de soja au Brésil, aurait "cédé face au gouvernement fédéral brésilien", lequel avait signé dès 2003 une autorisation de culture de soja OGM sur l'ensemble de son territoire. La résistance du Parana a fait long feu. Selon les Verts, cette décision a été prise "sous la pression des multinationales".

Toujours est-il que c'est la politique de la région, "vers une Bretagne sans OGM du champ à l'assiette", formulée en octobre 2004, qui trouve là ses limites. Le soja fournit aujourd'hui les protéines essentielles pour l'élevage. Il représente un quart des aliments du bétail consommés en Bretagne.

Le non OGM est plus cher

"Le marché est ainsi", explique Michel Salion, chargé de communication en France pour la société américaine Cargill (1), qui a importé la cargaison. "Au Brésil, de moins en moins de régions produisent du soja non-OGM". A Brest, l'usine Cargill de transformation offre bel et bien la possibilité de faire coexister deux filières : une OGM et une non-OGM. "Nous donnons libre choix au client", assure Michel Salion. "Mais c'est le non-OGM qui supporte les coûts d'une filière séparée". Un surcoût de plus en plus élevé qui atteint aujourd'hui 8%. Du coup, alors que la politique de la grande distribution est aux prix bas, la demande de soja non-OGM se réduit comme peau de chagrin. Et à Brest, Cargill n'importe plus que 20% de soja non-OGM, contre 50% en 2004.

Hier, une modeste manifestation s'est improvisée devant les grilles de l'usine. Pour Greenpeace, les multinationales "cassent délibérément les initiatives régionales entre producteurs et consommateurs". Julian Pondaven, au nom du réseau Cohérence, estime qu' "on nous impose les OGM, alors que les Bretons, comme 78% des Français, les ont refusés dans leur alimentation". Il demande, outre un étiquetage obligatoire sur les produits d'origine animale (viande, oeufs, lait), une "autonomie en protéines de la région", aujourd'hui condamnée à importer. Il demande enfin une cohérence entre l'engagement anti OGM du conseil régional et des décisions plus locales. En janvier dernier par exemple, l'usine Cargill de Brest a été autorisée à doubler sa capacité de transformation de soja (2/3) et colza (1/3) passant ainsi de 450 000 à 900 000 tonnes par an.

(1) Cargill est un des premiers groupes agroalimentaires au monde. Il emploie 124 000 personnes dans 59 pays.

Sébastien PANOU
Ouest-France - 16-05-2006

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