Le rêve d'une rade de Brest patrimoine mondial

L'association Agir pour l'environnement et le développement durable s'engage pour une inscription de la rade de Brest au Patrimoine mondial de l'humanité.
« Pour figurer sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des 10 critères de sélection. Nous estimons que la rade de Brest en remplit au moins quatre. »

Roger Abiven, co-président d'Agir pour l'environnement et le développement durable (AE2D), est optimiste. Parmi ces critères, naturels ou culturels, figurent par exemple « les phénomènes naturels ou aires d'une beauté naturelle et d'une importance esthétique exceptionnelle ». Après avoir envoyé un dossier au ministère de l'Écologie, l'association s'est vu encouragée à poursuivre ses démarches, et à sensibiliser la population. Seul point noir : « Pour que le dossier mène sa route, il faut qu'une collectivité territoriale s'engage et le présente au ministère de l'Écologie. » Et c'est là que le bât blesse. « C'est un dossier trop lourd pour nous seuls : il nous faut des partenaires. Mais personne ne veut réellement crocher dedans. »

 

Roger Abiven : "Je ne verrai sans doute pas la rade de Brest sans nucléaire"

Patrimoine naturel exceptionnel

Du côté des Verts, le sujet mérite d'être pris en considération. « On bénéficie ici d'un patrimoine naturel extraordinaire, confirme Marif Loussouarn, élue Verte et vice-présidente de la Communauté urbaine de Brest (CUB) chargée des transports. Ce sera sûrement un des aspects de notre campagne pour les municipales si nous présentons une liste. Mais, pour l'instant, le sujet n'est pas abordé en conseil municipal. » Quant à l'implication de l'association sur ce sujet, elle considère que « c'est très culotté de porter le dossier de cette façon. Si, en parallèle, on continue à travailler sur la qualité de l'eau, c'est un défi gagnable. Et, derrière cette inscription au patrimoine mondial, c'est aussi la question de la place du nucléaire dans cet endroit qui se pose. » Roger Abiven en a bien conscience : « Il nous semble difficile de classer un lieu au Patrimoine de l'humanité s'il héberge des armes nucléaires. »

Une rade polluée

Et si la rade ne peut être classée au Patrimoine mondial, pour l'AE2D, il reste l'alternative de la liste du Patrimoine en péril. Une liste sur laquelle figurent les sites en danger, notamment pour des motifs liés aux pollutions industrielles. Car en plus de la présence du nucléaire, la question de la pollution dans la rade émerge aussi.

Paul Menet, de la société Diacom, a produit « La baie des sciences : reconquête de la qualité de l'eau dans un écosystème côtier ». Un documentaire réalisé à partir des observations de biologistes et de physiciens. « Le classement de la rade pour sa préservation est un sujet relativement complexe, explique-t-il. Bien sûr, le milieu n'arrête pas de prendre des claques, les scientifiques ne sont pas tranquilles. Mais c'est un milieu capable de récupérer très vite, si on agit maintenant. C'est du moins ce que disent les physiciens. Les biologistes sont beaucoup plus alarmistes : l'étude des fonds marins révèle d'importants problèmes. Mais le danger, avec certaines approches écologistes, c'est la mise sous cloche d'un lieu, avec une sur-réglementation. »

Mais à propos de ce classement, Roger Abiven veut garder les pieds sur terre : « Certains le qualifieront d'utopique. C'est une démarche dérangeante, qui ne présente pas d'intérêt immédiat sur le plan économique. Mais notre rôle, en tant qu'association d'éducation populaire, c'est aussi de sensibiliser la population sur des problématiques comme celle-ci. »

Naëlle LE MOAL
Ouest-France - 25/09/2007

retour page "Presse"

retour page d'accueil