Brennilis : les salariés de la centrale amers

L'arrêt des travaux de la centrale de Brennilis imposé par une récente décision du Conseil d'État suscite beaucoup d'inquiétude chez le personnel et les syndicats.

Début juin, le Conseil d'État a ordonné l'arrêt des travaux de démantèlement de la centrale de Brennilis. La plus haute juridiction administrative donne ainsi raison aux militants du «Réseau sortir du nucléaire» qui avaient déposé, en avril 2006, un recours visant à annuler le décret pris par le ministre de l'Economie qui autorisait le démantèlement total de la centrale. Les juges ont suivi les recommandations du commissaire du gouvernement. Ce dernier avait rappelé que, avant de prendre ce décret, il aurait fallu à EDF «soumettre l'étude d'impact à la consultation du public».

Aujourd'hui, les employés travaillant sur le site (une centaine de personnes, agents EDF, prestataires de service, intérimaires, tous Finistériens) s'inquiètent pour leur avenir. Ils sont amers. Dans une lettre adressée à « Sortir du nucléaire », ils demandent aux militants de l'association «de prendre conscience des conséquences que cela entraîne sur l'emploi des travailleurs locaux. Nous sommes formés pour travailler sur ce type de chantier, nous avons les compétences requises».

Les syndicats, aussi, montent au créneau : «Bien sûr, nous ne contestons pas la décision du Conseil d'État. Le problème, c'est qu'elle met en péril de nombreux emplois. La moitié des salariés risque de rester sur le carreau. Certes, les licenciements se feront petit à petit, mais ils sont inéluctables. Alors qu'il ne s'agit, après tout, que d'un vice de procédure. Les conséquences sont disproportionnées», considère Loïc Guengant, de la CFDT. Pour Gilles Constant, de la CGT, ceux qui trinquent «ce sont les salariés alors qu'ils n'ont rien à se reprocher dans l'affaire».

«Retour à l'herbe retardé»

Les représentants du personnel demandent aux entreprises «de ne pas se précipiter pour licencier». Loïc Guengant souhaite que les pouvoirs publics mettent en place et financent une «cellule qui regrouperait l'ensemble des salariés du site pour les accompagner dans leur reclassement. Il faut un minimum de casse».

En attendant, le chantier de démantèlement de la centrale de Brennilis ne reprendra pas avant deux ans. Au mieux. Le temps que la procédure qui va être remise en route arrive à son terme. «Au bout du compte, le retour à l'herbe sera retardé. C'est pourtant bel et bien l'objectif final», faisait remarquer l'un des ouvriers réunis hier matin devant la centrale.

Pour le «Réseau sortir du nucléaire», les choses sont claires : «Parce qu'elle bafoue la loi, EDF est sanctionnée. Elle voulait que ce démantèlement soit exemplaire et serve de vitrine. On en est bien loin.» Vendredi 29 juin, l'association sera représentée à la réunion de l'Observatoire du démantèlement. Ses militants et sympathisants sont invités à se retrouver à 13 h devant l'entrée de la centrale.

Jean-Yves QUEMENER
Ouest-France - 27-06-2007

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