Brennilis : salariés et écologistes face à face

Confrontation tendue hier entre salariés de la centrale de Brennilis (Finistère) et les écologistes.
L'arrêt du démantèlement va impliquer des licenciements.

"Vous voulez bien reculer pour qu'on distingue ceux qui veulent travailler et ceux qui les en empêchent?" Ambiance, hier, devant la centrale nucléaire de Brennilis. Une trentaine d'écologistes, membres du réseau Sortir du nucléaire, font face aux salariés du chantier du démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis, arrêtée depuis1985.

Le réseau a obtenu du Conseil d'État le 6 juin dernier l'arrêt immédiat du démantèlement, pour manque d'information du public. "En fait, résume le sous-préfet de Châteaulin, la loi française ne s'est pas mise en accord avec une directive européenne. En matière d'environnement, il s'agissait de réaliser l'enquête publique sur le démantèlement avant la publication du décret l'autorisant, pas après."

Résultat : le chantier est arrêté, alors qu'EDF se préparait à attaquer la périphérie du réacteur, en entamant dès octobre l'enlèvement des échangeurs de chaleur. Un chantier de 18 mois. Devant la centrale, les esprits s'échauffent : "On n'est pas venus pour chercher l'affrontement, affirme Roger Abiven, un des militants écologistes. On est ouverts au dialogue". La réponse fuse : "J'ai déjà perdu 75 % de mon salaire. Comment je fais aujourd'hui?" C'est un dialogue de sourds qui s'instaure, sans en arriver aux mains. Les écologistes plaident pour l'énergie renouvelable, "pourvoyeuse d'emplois" ; les salariés se demandent, eux, ce qui leur est tombé sur la tête.

Cette manifestation a lieu alors que se réunit, quelques centaines de mètres plus loin, l'observatoire du démantèlement, qui fait le point deux fois par an sur les travaux en présence d'associations de protection de l'environnement, d'élus locaux, d'EDF et de l'État. "Ente 80 et 100 personnes travaillent ici, dont vingt d'EDF, les autres provenant de deux groupements d'entreprise, explique Bertrand Dubuis, directeur du site. Elles seront trente environ à rester sur place, en attendant la publication du nouveau décret. Nous allons recevoir tout le monde, travailler avec la CCI pour trouver des solutions de reclassement, afin de conserver les compétences sur place."

Devant la centrale, les manifestants se sont dispersés. En 1966, aucun mouvement antinucléaire n'avait eu lieu pour empêcher la construction de cette centrale, prototype abandonné du nucléaire à l'eau lourde. Il faut attendre son démantèlement pour voir agir les mouvements écologistes.

Philippe ATTARD.
Ouest-France - 29-06-2007

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