L'ex Clem peut être déconstruit en Angleterre

Le recours des écologistes anglais a été rejeté par la haute cour de justice britannique.
Le navire pourrait arriver en Angleterre en novembre.

Recours irrecevable. C'est la sentence de la haute cour de justice britannique dans l'affaire de la déconstruction du porte-avions Clemenceau, prévue aux chantiers de l'industriel Able UK, près de la ville d'Hartlepool. En théorie, cela signifie que désormais, l'ex navire amiral de la flotte française peut faire route vers l'Angleterre (1).

À l'origine de ce recours, un groupe d'écologistes, Friends of Hartlepool. Selon lui, l'organisme public chargé de protéger la santé des travailleurs, le HSE, avait agi « illégalement » en délivrant une dérogation à l'industriel Able UK pour l'importation de 770 tonnes de matériaux amiantés. Toutefois, cette décision ne clôt pas définitivement le dossier.

Il manque toujours à Able UK un document administratif essentiel, l'autorisation de transfert transfrontalier. Il faut donc que des administrations situées des deux côtés de la Manche donnent leur feu vert à l'appareillage du navire. En outre, la France devra délivrer une autorisation d'exportation en tant que matériel de guerre.
 

En rejetant le recours d'écologistes anglais, la haute cour de justice britannique a donné son feu vert au départ de l''ex « Clemenceau » pour le chantier de déconstruction de Able UK.

Pour le reste, le Q-790 (le nom du Clem depuis qu'il a été débaptisé) est paré au départ. « Depuis son arrivée à Brest, les services de la base navale se sont attaché à le mettre en sécurité, explique Sylvain Le Berre, de la préfecture maritime. Nous avons regardé son état, sa flottabilité, pour éviter qu'il ne vieillisse encore plus vite. Maintenant, nous attendons qu'un accord soit trouvé avec le chantier Able UK pour le remorquage. »

Tout pourrait donc aller très vite. Peter Stephenson, président de la société Able UK, a déclaré à l'agence France presse (AFP) que le Clemenceau devrait arriver à Hartlepool « début novembre » et que son démantèlement « devrait durer une dizaine de mois ». Tout cela, à condition que d'autres recours ne soient pas déposés contre ce voyage.

(1) Il est possible de faire appel de cette décision, dans un délai de quatorze jours.

Olivier PAULY.

Côté français, un recours en préparation

Si la tentative des Anglais de bloquer le départ du Clemenceau semble avoir fait long feu, l'ancien porte-avions n'en a pas encore tout à fait fini avec les procédures judiciaires. De ce côté-ci de la Manche, l'association brestoise Agir pour l'environnement et le développement durable (AE2D) se prépare à son tour à déposer un recours.

« Nous attendions que la justice anglaise se prononce avant d'attaquer la décision de l'État français d'autoriser l'exportation du Clemenceau devant le tribunal administratif, indique Christian Bucher, membre de l'association AE2D. Notre objectif est d'empêcher son départ et de faire en sorte qu'il soit démantelé en France. »

Les écologistes brestois contestent l'autorisation de transfert transfrontalier délivrée à l'industriel anglais Able UK. Ils font valoir que le Clemenceau est maintenant considéré comme un déchet et, à ce titre, soumis à la convention de Bâle. « Le pays qui a construit le déchet doit aussi être celui qui le déconstruit », souligne Christian Bucher.

Deux points lui paraissent plus particulièrement litigieux. D'une part, il s'étonne que le chantier britannique ait été autorisé à concourir alors qu'il ne disposait pas des autorisations nécessaires pour exploiter ses installations de Graythorp, près de Hartlepool. D'autre part, il estime que le chantier britannique n'offre pas toutes les garanties de mener à bien le démantèlement du Clemenceau. Selon AE2D, le groupe Able UK a fait l'objet d'une condamnation en 2007 pour avoir enfreint la loi anglaise sur le stockage des déchets amiantés.

Les écologistes brestois soulignent aussi que l'industriel anglais a enlevé le marché en faisant une offre « quatre à cinq fois inférieure » à celles de ses concurrents. « Le chantier a été attribué au moins-disant. Ce n'est pas acceptable en termes d'environnement et de santé publique. »

Olivier MELENNEC.

Ouest-France -  30/09/2008

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