L'ex Clem prêt à larguer les amarres. Mais...

Le tribunal administratif examine aujourd'hui, à Rennes, la validité des autorisations de départ. Sa réponse tombera rapidement.

Pendant quelques heures, le dossier de l'ex Clemenceau va se déplacer. Du port militaire de Brest jusqu'à la salle d'audience du tribunal administratif de Rennes. À 14 h 30, aujourd'hui, c'est là que sera examiné le recours en urgence de l'association Agir ensemble pour le développement durable (AE2D).
Comme annoncé depuis plusieurs semaines, c'est donc sur le terrain juridique que se gagnera, ou se perdra, la bataille (1). Après plusieurs polémiques sur la capacité du chantier Able UK à mener à bien le démantèlement ; sur la présence de 700 t de matériaux amiantés à bord ; sur le grattage de la coque du navire ; sur l'opportunité de le déconstruire à Brest, etc. Enfin, on saura.

Et après...
Parce que techniquement, comme le répète le capitaine de frégate Bertrand Hudault, responsable de la communication de la préfecture maritime, « de notre côté, tout est prêt. Il revient au chantier Able UK de décider de la date d'appareillage ». Cela ne devrait pas trop tarder. Le remorqueur qu'elle a affrété pour l'opération est à Brest depuis vendredi et chaque jour d'immobilisation coûte.

 

Comme nous l'annoncions dès octobre 2008, c'est un remorqueur de la compagnie anglaise Klyne tug qui est chargé de convoyer l'ex- « Clemenceau » jusqu'au chantier d'Hartlepool. Dimanche, il a changé de position pour se mettre à couple du porte-avions.

S'il part, l'ancien porte-avions sera désamianté et démantelé par le chantier Able UK d'Hartlepool, dans le nord-est de l'Angleterre. La petite entreprise anglaise s'est engagée à démolir l'ex-Clemenceau pour seulement 10,7 millions d'euros quand ses concurrents demandaient deux à quatre fois plus.
L'acier sera revendu à la société métallurgique Corus, une filiale du groupe indien Tata. Les sommes ainsi récupérées viendront en déduction de la facture finale. Au final, l'État français espère que la déconstruction de l'ancien porte-avions ne lui coûtera pas plus de 5 millions d'euros. Quasiment une opération blanche.

Reste un mystère

Combien d'amiante reste-t-il à bord de l'ex-Clemenceau, qui avait été partiellement désamianté avant son départ pour l'Inde ? Cela reste le grand mystère. « 45 tonnes », avançait le ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie, au moment du départ pour l'Inde. Prudente, la Marine se garde bien aujourd'hui d'avancer un chiffre. « Le bilan sera fait à l'issue de la déconstruction », se contente-t-elle de dire aujourd'hui.

(1) Le pourvoi en cassation de la décision du tribunal administratif est toujours possible, dans un délai de quinze jours. Il est alors examiné par le Conseil d'État sous 48 heures.

Repères

Faux départs
L'ancien porte-avions est déjà parti deux fois pour la casse. En octobre 2003, la Marine avait résilié le contrat après avoir constaté que le navire se dirigeait vers la Turquie au lieu de mettre le cap sur l'Espagne comme prévu. Nouveau départ en décembre 2005, cette fois-ci pour l'Inde. La polémique sur les conditions d'un démantèlement dans ce pays avait amené le président de la République de l'époque, Jacques Chirac à donner l'ordre de rapatrier en France l'ex-Clemenceau. Depuis mai 2006, celui-ci attend son démantèlement dans le port militaire de Brest.

Concurrence
N’employant pas plus de 500 personnes, Able UK l'a emporté au nez et à la barbe de géants Industriels comme les groupes français Veolia et Suez. En faisant jouer la concurrence, le coût du démantèlement a donc pu être substantiellement allégé.
Mais certains opposants estiment que l'Etat a, une fois de plus, privilégié de manière excessive le critère financier. « En Angleterre, ce sera toujours un peu mieux qu'en Inde », estime Jean-Paul HeIIequin, porte-parole de~ l'association brestoise Mor Glaz.

Rassemblement
Quel que soit le jugement du tribunal administratif, le comité de vigilance ex-Clemenceau appelle au rassemblement lundi 2 février à 18 h devant la préfecture maritime.

Olivier MELENNEC et Olivier PAULY.
Ouest-France - Brest - 02/02/2009

retour page "Presse"

retour page d'accueil