L'ex-Clemenceau, sur le départ, ce mois-ci

Encore une petite autorisation et 15 jours de préparatifs techniques avant de rallier son chantier anglais. 771 tonnes de produits amiantés sont à bord.

Départ en décembre. Le préfet maritime Anne-François de Saint Salvy l'a affirmé hier à la suite d'une commission locale d'information. "Le départ pourrait avoir lieu en décembre." Après l'autorisation de transfert transfrontalier délivrée fin novembre par la Direction régionale de l'industrie de la recherche et de l'environnement (Drire) et la levée du recours juridique sur cette même procédure côté anglais, la voie est presque libre pour le vieux porte-avions. Il manque encore l'Autorisation d'exporter du matériel de guerre (AEMG). Une formalité paraît-il. Le papier viendra des Douanes après réunion d'une commission interministérielle. C'est possible en "quelques jours."

Comment va Q790 ? L'ex-Clemenceau, aujourd'hui déchet (enfin c'est quand-même encore du matériel de guerre puisqu'on attend une AEMG...), va bien. "À part quelques portes enlevées à boucher", estime Didier Lépine (direction centrale du Service de soutien de la flotte). "Il n'y a pas de problème particulier." Pas d'entrée d'eau intempestive donc. "Il faudra rectifier la gîte et l'assiette" (ce n'est pas de l'hôtellerie mais l'inclinaison longitudinale et latérale). Il suffirait de 15 jours pour préparer la coque. Suivront 4 jours de remorquage, selon fenêtre météo, jusqu'au chantier Able UK, près d'Hartlepool au nord de l'Angleterre.

La Marine sereine. "L'État, vous n'êtes pas sans le savoir, instruit ses dossiers solidement." Anne-François de Saint Salvy balaie de son avant-bras à quatre étoiles cinq ans d'imbroglio tricolore autour du Clem'. Non, il ne craint pas un nouveau recours juridique ou un nouveau coup de Trafalgar des écologistes. "Le dossier me paraît très solide. La justice tranchera, mais je ne suis pas inquiet."

92 % recyclés. Appel d'offres scrupuleux, contrôles multiples, garanties... Didier Lépine, chemisette à rayures bleues, refait le film devant une belle horloge à balancier. "Nous avons privilégié la protection de l'environnement, la sécurité des travailleurs, un processus fiable de traitement et le respect de la réglementation." Et c'est Able UK qui a décroché le pompon. "Le taux de recyclage sera de 92 %."

Un contrôle très fort. Il y aura "un contrôle très fort en traçabilité des déchets et matières recyclées. Nous prévoyons d'être sur place." Pas question de réitérer le fiasco de Toulon en 2005 : 30 tonnes de produits amiantés de différentiel entre la société de désamiantage et le centre d'enfouissement ! "L'État restera propriétaire des déchets jusqu'à leur élimination ou recyclage." Able aura 12 mois pour remplir son contrat.

Moins cher qu'annoncé. L'offre d'Able UK est de 10,7 millions d'euros. C'est bien en deçà des 45 millions d'euros annoncés par l'État pour un démantèlement en Europe quand il privilégiait la piste de l'Inde. "Je ne sais pas d'où vient ce chiffre", de 45 millions, dit Didier Lépine. Il a pourtant été repris par le chef d'État-major de la Marine Oudot de Dainville lui-même en 2006. L'estimation du service de Didier Lépine a "toujours été entre 4 et 16 millions d'euros." Et "confirmée par les offres." Able UK, dont la compétence a été mise en doute par des concurrents trois ou quatre fois plus chers n'était donc pas tout simplement le moins disant ? "Plusieurs offres ont validé ce juste prix", maintient Didier Lépine.

Et le coût final de la "saga" ? Après la revente de l'acier, la France ne débourserait que 3 à 5 millions d'euros. Peu de chose comparé au tollé médiatique international et aux frais déjà engagés (18 000 km de remorquage autour de l'Afrique après l'annulation du démantèlement en Inde, expertises, accord avec l'ancien prestataire SDI...)

L'effort de transparence a ses limites. Impossible de chiffrer le coût de la saga Clemenceau depuis 2003. "Je n'étais pas là", dit Didier Lépine. "C'est un bilan qu'il faudra faire", concède le préfet maritime.

771 tonnes de produits amiantés. C'est le point sensible à l'origine des péripéties du Clem'. Elles iront en centre d'enfouissement. Qui a fait cette estimation alors que l'Etat, confus, parlant d'abord de 45 puis de 11 tonnes d'amiante s'était ensuite contenté de chiffrer des kilomètres de tuyaux et des hectares de dalles et peintures toxiques. "C'est Able UK, dit Didier Lépine. Sur la base de l'étude Véritas."

Sébastien PANOU.

La réaction de François Cuillandre

Le maire de Brest participait à la réunion de la commission locale d'information, mercredi matin. Il en est sorti "plutôt satisfait. On arrive au terme du processus, même si c'est un peu avec retard sur les engagements initiaux du ministre", constate-t-il.
Toutefois, François Cuillandre regrette qu'une "solution française, et mieux, brestoise, n'a pas été trouvée". Explications : "Le Clemenceau est un déchet français, c'est à la france de le gérer sur son territoire." Mais le maire estime aussi qu'il existe d'autres perspectives dans ce domaine.
"On a beaucoup parlé du Clemenceau, mais il existe dans la base navale beaucoup d'autres bateaux qui devront bientôt être déconstruits. Il est urgent de mettre en place une filière de déconstruction, même si le terme est un peu pompeux." Une filière qui devrait être portée par un "opérateur privé".

Ouest-France - Brest - 04/12/2008

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