"Le Niger a vendu nos terres aux étrangers"

L'ancien maire de Tchirozérine, ville du Niger jumelée avec Lannion, était de passage mercredi. Il évoque l'exploitation de l'uranium.

Issouf ag Maha, vous vivez en exil en France. Pourquoi avoir fui votre pays ?
En 2007, les Touaregs, établis au nord du Niger, ont repris les armes pour demander une meilleure répartition des richesses générées par l'exploitation de l'uranium. J'ai soutenu le mouvement. En tant qu'opposant politique, je n'avais pas d'autre choix que partir en France. L'état nigérien a toujours considéré les Touaregs comme des citoyens de seconde zone.

En novembre, la commune de Lannion a reçu votre successeur, Mohamed Sheloutan. Il est donc possible d'être maire à Tchirozérine...
... Oui, mais il y a deux options : soit, tu te tais et tu restes ; soit, tu dénonces et tu dois quitter le pays pour éviter les arrestations et la torture.

 


Issouf ag Maha, ancien maire en exil de Tchirozérine, vient de sortir un livre, « Touareg, le destin confisqué », aux éditions Tchinagen.

Vous êtes de passage à Lannion pour dénoncer la "malédiction de l'uranium". La richesse de vos sous-sols s'est donc retournée contre vous ?
Depuis quarante ans, les compagnies étrangères extrayaient de l'uranium, principalement à Arlit, une localité au nord du pays. Récemment, le gouvernement a cédé des concessions dans toute la province de Tchirozérine. L'État a vendu notre territoire à Areva-Cogéma, le leader français du nucléaire, mais aussi aux Chinois, aux Indiens, aux Australiens...

Quelles sont les conséquences de l'agrandissement de la zone d'exploitation minière pour les populations locales?
La première conséquence est la spoliation des terres. Les habitants sont expulsés. L'autre drame, c'est la pollution. L'extraction de l'uranium laisse des montagnes de stériles, cette terre retournée et fortement radioactive. L'eau potable est contaminée. Et les sociétés minières abandonnent des déchets extrêmement nocifs.

Peut-on mesurer les effets de quarante ans d'exploitation minière sur la santé, notamment à Arlit ?
C'est impossible, l'État interdit tout contrôle. Les hôpitaux sont construits et administrés par les groupes nucléaires. Rien ne filtre. Des experts de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) ont bien tenté de mener des études, mais les autorités nigériennes ont saisi leur matériel à leur arrivée à l'aéroport.

Pensez-vous rentrer bientôt au Niger ?
(Sourire étonné)... Non, c'est impossible. Je suis classé dans la catégorie "contre le développement, donc contre le pays". Je ne suis pourtant ni un autonomiste, ni un maquisard.


Propos recueillis par David DÉSILLE.

Ouest-France - Lannion - 05/12/2008

retour page "Presse"

retour page d'accueil